Le 20 août 2026Geely a détaillé une feuille de route pour une batterie solide : un premier pack monté sur un véhicule d’essai en 2026, environ 1 000 véhicules de démonstration en 2027, puis une production de masse au plus tôt en 2030. La cible de plus de 500 Wh/kg concerne les cellules haute densité visées pour 2030.
500 Wh/kg reste un chiffre de cellule.
Un calendrier ne vaut pas une série.
Une autonomie exige un protocole.
La série reste à prouver.
Les publications scientifiques datées de janvier 2025 à février 2026 isolent cinq difficultés : le dépôt du lithium, l’anode en silicium, la dispersion de l’électrolyte, les dendrites et l’interprétation des modèles d’apprentissage automatique. Chaque résultat traite un point précis. Aucun ne suffit à établir, seul, la fabrication en grande série d’un pack automobile.
Le solide ne supprime pas les interfaces
Une batterie tout solide remplace l’électrolyte liquide par un électrolyte solide. Les matériaux solides doivent pourtant conserver un contact mécanique et un passage régulier des ions. Pendant les cycles, la déformation du lithium, la microstructure et les réactions aux interfaces peuvent modifier ce contact.
Une revue publiée le 2 janvier 2025 dans Nature MaterialsElectro-chemo-mechanics of anode-free solid-state batteriesanalyse les cellules dites anode-free. À la fabrication, leur électrode négative ne contient aucun matériau actif. Le lithium doit donc nucléer, croître puis se retirer directement sur le collecteur de courant pendant les cycles de charge et de décharge.
La cellule vise une densité énergétique élevée en supprimant le matériau actif de l’anode.
La durée de vie dépend du dépôt et du retrait du lithium.
La pression d’empilement, le collecteur et l’interface modifient le cycle.
Le solide déplace le problème.
La revue recense la déformation mécanique du lithium, les propriétés chimiques et mécaniques du collecteur, les effets de microstructure, la pression d’empilement et la dynamique du retrait. Elle propose aussi de travailler sur les interphases, les collecteurs et les couches intermédiaires, notamment lorsque la pression d’empilement diminue.
Avec du phosphore et du zinc, le silicium change de phase

Le silicium permet une anode de forte capacité, mais sa structure se dégrade pendant les cycles et sa réaction avec le lithium reste lente. Dans les batteries tout solides à électrolyte sulfureux, ces deux phénomènes accélèrent la perte de capacité.
Un article publié le 30 juin 2025 dans Nano LettersReversible Nano Crystalline-Phase Transformation in Si-Based Anode Enables Stable All-Solid-State Batteriesincorpore du phosphore (P) et du zinc (Zn) dans une matrice de silicium.
Au cours des cycles, l’anode se transforme in situ en phases nanocristallines Li15Si4, LiZn et Li3P. Cette transformation réduit les contraintes d’expansion de l’électrode. Le zinc et le phosphore diminuent aussi la barrière de diffusion des ions lithium et la bande interdite du silicium, ce qui améliore le transport ionique et électronique dans l’anode.
Une cellule complète équipée d’une cathode NCM90 a fonctionné pendant plus de 3 000 cycles à 2C. Le résultat reste attaché à cette configuration de cellule à électrolyte sulfureux : il documente le comportement de l’anode testée, pas l’intégration d’un pack automobile.
Cette chimie réduit donc une partie des contraintes du silicium. Elle ne dispense pas de vérifier les contacts solides autour de l’anode.
Les dendrites passent encore la barrière
Un électrolyte solide ne bloque pas à lui seul la croissance des dendrites de lithium. Un transport de charge inégal peut favoriser leur formation pendant les cycles et réduire la durée de vie de la cellule.
Un article paru le 15 février 2025 dans ACS Applied Materials & InterfacesSolid Electrolytes and Dendrite Dynamics in Solid-State Lithium-Sulfur Batteriescompare deux électrolytes composites à base de céramique.
Les deux composites contenaient des particules de LLZTO, Li6.4La3Zr1.4Ta0.6O12, dans une matrice PVDF-HFP. Dans l’un, les particules avaient été traitées pour améliorer leur dispersion; dans l’autre, elles étaient utilisées à l’état reçu.
Pour relier la dispersion aux performances, les chercheurs ont utilisé la spectroscopie d’impédance électrochimique, l’analyse des temps de relaxation et une configuration à trois électrodes. Des tests de densité de courant critique, une microscopie optique in situ et des simulations par éléments finis complétaient l’étude.
La dispersion moins uniforme a produit un transport de charge inégal et davantage de dendrites. La durée de vie a diminué. Dans cette batterie lithium-soufre, la croissance incontrôlée du lithium est apparue comme une cause principale de la baisse de capacité et de la défaillance de la cellule.
Cette conclusion reste liée à cette batterie lithium-soufre et à ces composites. Elle ne permet pas de classer tous les électrolytes solides. Ici, la dispersion de l’électrolyte modifie directement le transport de charge et la tenue de la cellule.
Une IA utile doit laisser des traces
Les modèles d’apprentissage automatique sont étudiés à plusieurs étapes de la recherche sur les batteries solides. Une revue publiée le 2 février 2026 dans ACS NanoInterpretable Machine Learning for Solid-State Batteriespropose un cadre fondé sur cinq volets :
- concevoir des électrolytes solides;
- caractériser les matériaux;
- optimiser l’interface électrode-électrolyte;
- prédire la durée de vie;
- limiter les dendrites.
Les modèles boîtes noires posent un problème précis : leur faible interprétabilité limite la crédibilité scientifique de leurs prédictions. Les auteurs recommandent des approches adaptées à chaque volet et mentionnent des chaînes d’outils open source pour passer à une conception guidée par les mécanismes.
La proposition ne consiste donc pas à produire une durée de vie sans explication. Elle cherche à relier chaque prédiction au mécanisme étudié, à la caractérisation du matériau ou au comportement de l’interface, selon la question posée.
Une prédiction doit rester lisible.
Geely a un calendrier, pas encore une homologation

Le cas Geely ajoute un calendrier automobile aux résultats de laboratoire. Shen Yuan, vice-président senior et directeur technique de Geely Holding, plaçait la validation sur route en 2026, un déploiement pilote en 2027 et la production de masse en 2030 au plus tôt.
Geely prévoyait environ 1 000 véhicules de démonstration sous plusieurs marques, dont ZEEKR, Lynk & Co, Volvo, Polestar, Lotus, Smart, Proton et Farizon.
La cible de plus de 500 Wh/kg est comparée à environ 250 à 300 Wh/kg pour les meilleures cellules lithium-ion actuelles, à près de 245 Wh/kg pour la cellule 4680 de Tesla et à environ 128 Wh/kg pour la batterie Golden Brick de ZEEKR.
Les chiffres ne portent pas tous sur le même objet : les 500 Wh/kg désignent la cellule haute densité ciblée, tandis que la Golden Brick est citée comme batterie. Cette distinction interdit de convertir directement une densité cellulaire en autonomie. Pour cette dernière, le protocole compte : Geely n’a pas précisé l’écart entre une mesure WLTP européenne et une mesure CLTC chinoise.
Le calendrier ne détaille pas non plus le coût total, la garantie ou la valeur de revente. Il décrit des étapes de validation et de déploiement, pas les données d’un véhicule homologué.
Pour l’automobiliste, le bon chiffre arrive tard
Pour lire une annonce, il faut distinguer le matériau, la cellule, le pack, le véhicule d’essai et le modèle homologué. Une valeur élevée au premier niveau ne décrit pas automatiquement le dernier.
Avant de comparer deux annonces, vérifier :
- si la densité énergétique est donnée pour la cellule seule ou pour le pack complet;
- le nombre de cycles, le régime de charge et la capacité restante après le test;
- le protocole d’autonomie utilisé, notamment WLTP ou CLTC;
- la garantie, les conditions de remplacement et le prix du pack;
- la valeur de revente, à partir de données sur la durée de vie plutôt que d’une promesse kilométrique isolée.
Les travaux publiés en 2025 et 2026 documentent des solutions ciblées pour les interfaces, le silicium, les dendrites et l’interprétation des modèles. La feuille de route de Geely ajoute des dates, mais les données utiles à l’acheteur seront celles d’un pack homologué, garanti et produit en série.
Le pack homologué tranchera.
Sources et références scientifiques
- Sandoval SE, Haslam CG, Vishnugopi BS, Liao DW, Yoon JS, Park SH, Wang Y, Mitlin D, Hatzell KB, Siegel DJ, Mukherjee PP, Dasgupta NP, Sakamoto J, McDowell MT.. Electro-chemo-mechanics of anode-free solid-state batteries.. Nature materials. 2025. DOI: 10.1038/s41563-024-02055-z · PMID: 39748055. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Ye X, Cheng Y, Lan X, You Y, Peng J, Liang G, Guo X, Zhao C, Park HS, Sun Y, Cheng HM.. Interpretable Machine Learning for Solid-State Batteries.. ACS nano. 2026. DOI: 10.1021/acsnano.5c21738 · PMID: 41627024. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Shen X, Wang Y, Jiang Z, Liang X, Demicoli M, Mule Stagno L, Sun B, Sun H, Hao X, Zhang P, Wang Z, Deng J, Wang J, Song J.. Reversible Nano Crystalline-Phase Transformation in Si-Based Anode Enables Stable All-Solid-State Batteries.. Nano letters. 2025. DOI: 10.1021/acs.nanolett.5c02142 · PMID: 40586474. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Pan CY, Kuo GL, Li CC.. Solid Electrolytes and Dendrite Dynamics in Solid-State Lithium-Sulfur Batteries.. ACS applied materials & interfaces. 2025. DOI: 10.1021/acsami.4c20597 · PMID: 39954011. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Un constructeur chinois dévoile sa batterie solide avec 1 million de kilomètres de durée de vie pour ses…. 2026.




