En août 2026, une étude consacrée à la compatibilité logicielle, publiée par Inria et l’Université Lyon 1, compare deux versions anciennes de systèmes mobiles. Android 7, sorti en 2016, permet encore d’installer 62 % des applications sondées sur le Play Store. iOS 12, sorti en 2018, ne permet plus d’en installer que 1 % parmi les applications les plus téléchargées de l’App Store.
Sauf que les deux taux ne portent pas sur le même périmètre. Le premier concerne un ensemble d’applications sondées; le second, les applications les plus téléchargées. Ils ne forment donc pas un classement établi sur un catalogue identique.
Le résultat montre un mécanisme propre à chaque écosystème. Apple assure un suivi des mises à jour plus long que beaucoup de constructeurs Android, mais un ancien iPhone peut perdre plus vite l’accès aux applications. Android conserve une longue traîne de compatibilité, sans garantir que le système reçoit encore des correctifs de sécurité.
Le score ne suffit pas.
Le calendrier des mises à jour joue contre l’intuition
Pour rappel, Android 7 est antérieur de deux ans à iOS 12. L’âge seul devrait donc favoriser iOS 12. Les taux d’installation observés inversent cette intuition.
Le seuil choisi par les développeurs explique une partie de l’écart. Dans les applications étudiées, Android 7 reste la version minimale privilégiée pour maintenir une compatibilité large sur le Play Store. Côté iOS, le seuil observé se situe à iOS 15, sorti en 2021 : les versions antérieures sont beaucoup moins retenues.
Cinq ans séparent Android 7 d’iOS 15. Cette différence ne signifie pas qu’Android bénéficie d’un suivi de sécurité plus long. Elle reflète surtout la répartition des versions dans chaque parc installé.
Les iPhone sont plus massivement mis à jour vers les versions récentes d’iOS, tandis que les téléphones Android restent répartis entre plusieurs générations du système. Pour atteindre suffisamment d’utilisateurs, les développeurs ne fixent donc pas leur seuil de compatibilité de la même façon.
62 % contre 1 % : un score qui demande sa notice
Le 62 % concerne les applications sondées sur le Play Store. Le 1 % concerne les applications les plus téléchargées sur l’App Store. Les catalogues et la méthode de sélection diffèrent; la comparaison doit être lue comme un indicateur de compatibilité, pas comme un classement parfaitement symétrique.
Ces pourcentages mesurent la possibilité d’installer une application selon la version du système. Ils ne disent rien de l’autonomie, de l’état matériel du téléphone ou de la qualité d’utilisation une fois l’application installée.
Un taux global ne garantit pas non plus l’accès à l’application dont une personne a besoin chaque semaine. Un appareil peut rester compatible avec une grande partie du catalogue tout en bloquant une application bancaire, de messagerie ou de transport. La vérification doit donc se faire application par application.
Le cas d’iOS 12 montre aussi l’effet de seuil. Quand certaines applications abandonnent une ancienne version d’iOS, d’autres suivent rapidement. Le téléphone peut rester utilisable pour plusieurs tâches, tout en perdant l’application qui déterminait son usage quotidien.
La longue traîne d’Android n’efface pas le risque de sécurité

La compatibilité avec le Play Store ne prouve pas qu’un téléphone reçoit encore des correctifs. Android 7 peut permettre l’installation d’applications tout en restant exposé à des failles que le système ne corrige plus.
Apple conserve un suivi des mises à jour plus long que beaucoup de constructeurs Android. Pourtant, un ancien iPhone peut perdre l’accès aux applications plus vite, parce que les développeurs savent qu’une part importante des appareils Apple adopte rapidement les versions récentes d’iOS. Le suivi du système et le seuil d’installation des applications répondent à deux logiques différentes.
Pour les personnes qui gardent leur téléphone longtemps, l’incompatibilité des applications peut donc déclencher le renouvellement avant l’absence de correctifs. Le risque de sécurité ne devient pas secondaire pour autant : il reste une limite indépendante de l’accès au catalogue.
Les jeux tiennent, les applications de voyage décrochent
Les catégories d’applications ne vieillissent pas au même rythme. Dans les données étudiées, les jeux restent compatibles le plus longtemps. Les applications de voyage écartent le plus souvent les anciennes versions de systèmes.
La conséquence dépend de l’usage. Un téléphone ancien peut encore convenir à une personne qui utilise surtout des jeux compatibles. Il deviendra plus vite gênant pour celle qui dépend d’applications de voyage, même si le matériel fonctionne encore.
La comparaison établit cette différence, pas sa cause précise. Rien ne permet d’attribuer le décrochage des applications de voyage à une seule fonction technique ou à une seule politique de développement.
Lorsqu’une application incompatible pousse au remplacement d’un téléphone encore utilisable, le logiciel raccourcit indirectement sa durée de vie physique. La fabrication d’un téléphone neuf constitue la phase la plus polluante de son cycle.
Garder ou remplacer : le bon test se fait application par application
Pour évaluer un ancien téléphone en 2026, quatre vérifications évitent de se fier au seul âge de l’appareil :
- Relevez la version exacte du système. Android 7 et iOS 12 ne sont pas de simples repères d’âge; ils déterminent l’accès à une partie du catalogue.
- Listez les applications utilisées chaque semaine. Vérifiez pour chacune si le téléphone permet encore le téléchargement et la mise à jour. Le pourcentage global ne répond pas à cette question.
- Vérifiez le suivi de sécurité. Relevez la date ou le niveau du dernier correctif disponible. Une application installable ne prouve pas que le système est encore corrigé.
- Reliez le test à l’usage. Les jeux et les applications de voyage ne présentent pas le même seuil de compatibilité. Le même téléphone peut donc répondre à un besoin et bloquer un autre.
La même méthode vaut pour un achat d’occasion. La présence d’un magasin d’applications et la possibilité d’en télécharger quelques-unes ne suffisent pas. Il faut contrôler la version du système, les applications prioritaires et le dernier niveau de sécurité disponible.
La comparaison entre Android 7 et iOS 12 ne désigne pas de vainqueur général. Elle montre que le seuil d’installation des applications dépend de chaque écosystème et que la sécurité doit être vérifiée à part.
Le téléchargement ne remplace pas le correctif.



