En apparence, une seule goutte de pluie a suffi à allumer 300 LED dans un générateur triboélectrique décrit par Zhang, Wang et Liu dans Langmuir le 26 mars 2026. Cette démonstration porte sur un impact unique : elle montre qu’un signal bref peut produire une lumière visible, pas qu’une averse puisse alimenter un logement. Les prototypes de 2026 mesurent la tension, la puissance de pointe, la résistance des surfaces et l’intégration dans des capteurs. Le courant reste le juge.
Pour rappel, un générateur triboélectrique, ou TENG, utilise les charges électriques produites lorsque l’eau entre en contact avec une surface puis s’en détache. La goutte met en mouvement des charges entre une couche triboélectrique et une électrode. La tension peut atteindre plusieurs centaines de volts, tandis que le courant et la puissance restent beaucoup plus modestes.
Une goutte peut afficher 400 volts, sans devenir une prise
Le 12 décembre 2021, Cheng, Niu, Xu et leurs collègues ont publié dans ACS Applied Materials & Interfaces un générateur à structure quadrillée, le G-TENG. Sa surface mesurait 81 cm². Chaque unité fonctionnait séparément, ce qui réduisait les interactions mécaniques entre zones voisines et limitait l’accumulation des gouttes.
Une première mesure donne une densité de puissance de pointe de 8,56 mW/m², contre 35 µW/m² pour un TENG classique sans grille, soit un rapport de 245. Sous une pluie simulée à 0,137 mL/(cm²·s), la tension à vide monte à 400 V et la densité de courant en court-circuit à 2,5 mA/m². La densité de puissance de pointe atteint alors 110 mW/m², soit 42 fois la valeur maximale de 2,6 mW/m² rapportée pour des TENG de récupération des gouttes dépassant 10 cm².
Sur les 81 cm² du prototype, une densité de 110 mW/m² représente environ 0,89 mW au pic. Ce chiffre correspond à une puissance de pointe mesurée dans une condition de pluie simulée, pas à une production continue. Les essais sont rapportés pour des débits compris entre 0,055 et 0,219 mL/(cm²·s).
La surface améliore le signal, puis doit tenir
Le 26 mars 2026, Zhang, Wang et Liu ont décrit dans Langmuir un générateur dont l’interface utilise de la silice modifiée par un fluorosilane, appelée F-SiO2. Son angle de contact atteint 152,3 degrés. Le dispositif affiche 201,7 V en circuit ouvert, soit 5,8 fois la tension d’un modèle non traité, et délivre 2,1 mW, sept fois la puissance de comparaison.
La démonstration des 300 LED porte sur un seul impact de goutte. Elle montre qu’un signal bref peut déclencher une charge lumineuse, sans fournir une énergie cumulée permettant d’estimer une autonomie domestique. Le même dispositif relie récupération d’énergie et suivi du pH : les signaux de tension et de courant varient avec le pH de la goutte. Un réseau neuronal identifie un pH compris entre 3 et 7 avec une précision de 95 % après 20 époques d’entraînement, dans les conditions du test.
Le 30 avril 2026, Zhang, Lv, Wang et Liu ont décrit dans Langmuir un TENG à base de silice fluorée et de motifs micronanométriques. L’interface hydrophobe et anticalcaire limite l’accumulation de sels, notamment ceux liés au calcium et au magnésium. Le dispositif atteint une puissance de pointe de 7,6 mW. Après 30 000 impacts de gouttes, sa baisse de performance reste limitée à 10,1 %, contre 77,3 % pour un appareil classique dans le même type d’essai. Après une contamination par des sédiments, huit gouttes suffisent à retrouver la performance initiale annoncée.
Un test de 30 000 cycles mesure la tenue du dispositif dans ce protocole. Il ne suffit pas à calculer sa durée de service en environnement naturel, où les conditions de pluie et la présence de sels ou de sédiments peuvent varier.
Le film flottant allège le dispositif
Sauf que le prototype flottant W-DEG prend la forme d’un film polymère posé sur un lac ou un bassin. En septembre 2026, cette architecture a été présentée comme une solution qui utilise l’eau elle-même pour remplacer une partie de la structure habituellement assurée par une électrode métallique. Les ions présents dans l’eau participent au transfert de charge lorsque la goutte s’étale sur le film.
Le W-DEG atteint près de 250 V par goutte. Le dispositif pèse 0,5 kg/m², soit 87 % de moins qu’une architecture de référence, et son coût de production est présenté comme divisé par deux. Le prototype assemblé couvre environ 0,3 m².
Le gain porte donc sur le poids et la quantité de matériel posé sur l’eau. Il ne transforme pas une tension par impact en énergie annuelle : pour évaluer ce film, il faudrait aussi mesurer le courant, la puissance sous charge et l’énergie cumulée pendant des pluies définies.
Un TENG souple combine gouttes et déformation
Le 25 juillet 2026Li, Peng, Chou et leurs collègues ont publié dans Advanced Materials un TENG déformable renforcé par une céramique à haute entropie. Leur architecture associe une couche de silicone dopée, un textile graphitique chargé de stocker les charges et une électrode extensible en noir de carbone.
À une distance de séparation de 1 mm, le dispositif fonctionne sans contact et atteint 90 V ainsi que 450 µA/m². Il conserve une extensibilité supérieure à 230 %. Avec des gouttes, sa tension maximale monte à 466 V. Les chercheurs ont aussi démontré des sources d’alimentation portables et des systèmes de récupération d’eau de pluie sur de grandes surfaces.
Les 90 V et 450 µA/m² correspondent au mode sans contact à 1 mm, tandis que les 466 V proviennent de la récupération par gouttes. Ces mesures ne décrivent donc pas le même fonctionnement. Les comparer exige de tenir compte du mode de contact, de la surface active et de la grandeur mesurée.
Lire des volts sans inventer des watts
Pour comparer deux prototypes, quatre vérifications évitent de confondre une démonstration de laboratoire avec une source d’énergie exploitable :
- La grandeur mesurée : tension, courant, puissance et énergie ne décrivent pas la même chose.
- La surface : une densité en mW/m² doit être convertie en puissance totale avec la surface réellement active.
- La durée : une valeur de pointe ne remplace pas une moyenne sur une minute, une heure ou une journée de pluie.
- Le protocole : une goutte isolée, une pluie simulée et une série de 30 000 impacts n’évaluent pas la même chose.
Une valeur de tension ne donne pas à elle seule l’énergie fournie à une charge. Pour parler d’une production domestique, il faudrait relier la tension et le courant à une charge, puis mesurer l’énergie cumulée pendant une durée de pluie définie. Les 201,7 V, 7,6 mW et 466 V proviennent de dispositifs et de protocoles distincts; ils ne prouvent pas une puissance continue.
Les usages démontrés dans ces travaux ciblent le suivi du pH, les sources portables et la récupération sur de grandes surfaces. Ces démonstrations montrent des impulsions utiles pour un signal ou un capteur, pas une alimentation régulière capable de remplacer une source continue. Des pics électriques, pas une alimentation continue.
Sources et références scientifiques
- Cheng B, Niu S, Xu Q, Wen J, Bai S, Qin Y.. Gridding Triboelectric Nanogenerator for Raindrop Energy Harvesting.. ACS applied materials & interfaces. 2021. DOI: 10.1021/acsami.1c19174 · PMID: 34894656. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Zhang Z, Wang J, Liu Y.. Enhanced Droplet Triboelectric Nanogenerator via Interfacial Engineering for Raindrop Energy Harvesting and pH Monitoring.. Langmuir : the ACS journal of surfaces and colloids. 2026. DOI: 10.1021/acs.langmuir.5c06538 · PMID: 41883207. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Li S, Peng WC, Chou SH, Yan ZX, Chen JY, Jhan DJ, Yang WC, Chen SH, Huang YL, Tsai CH, Lu MY, Liu HJ, Park C, Lai YC.. High-Entropy Ceramic-Enhanced Deformable Triboelectric Nanogenerator for Noncontact Biomechanical and Raindrop Energy Harvesting.. Advanced materials (Deerfield Beach, Fla.). 2026. DOI: 10.1002/adma.74157 · PMID: 42501254. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Zhang Z, Lv L, Wang J, Liu Y.. A Surface-Engineered Antifouling Droplet Triboelectric Nanogenerator with Enhanced Output and Long-Term Stability for Practical Raindrop Energy Harvesting.. Langmuir : the ACS journal of surfaces and colloids. 2026. DOI: 10.1021/acs.langmuir.6c00974 · PMID: 42063289. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
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