Ce qui change concrètement à partir du 1er novembre 2025
Depuis le 1er novembre 2025, le calendrier des heures pleines / heures creuses a basculé en France. La réforme s’inscrit dans le cadre du TURPE 7, la grille tarifaire des réseaux décidée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Elle vise directement les foyers qui ont une option heures pleines / heures creuses (HP/HC), soit environ 11 millions de clients raccordés au réseau Enedis, selon les chiffres publiés par le service public de l’information sur l’énergie et par Enedis.
Le principe général reste simple : le kilowattheure reste moins cher pendant 8 heures par jour, plus cher le reste du temps. Mais la cartographie des horaires est profondément revue. Les plages historiquement utilisées du matin 7h-11h et du soir 17h-23h sont progressivement supprimées, confirmées par la fiche actualité de service-public.fr et par la communication d’Enedis.
Les nouvelles règles sont désormais les suivantes :
- 8 heures creuses par jour, inchangées en durée.
- Un bloc nocturne entre 23h et 7h, avec au moins 5 heures consécutives.
- Un bloc en journée entre 11h et 17h, avec jusqu’à 3 heures creuses.
- Les créneaux varient selon la zone et sont fixés par Enedis, pas par le client.
L’Agence de l’information sur l’énergie rappelle un point clé qui ne bouge pas : l’option HP/HC garde un intérêt financier seulement si au moins 25 % de la consommation passe sur les heures creuses. En clair, un foyer qui ne décale pas réellement ses usages continuera à payer plus cher le kWh en heures pleines sans vraie économie en retour.
Matin et soir supprimés : la logique réseau derrière la réforme
Pourquoi casser un système que les Français connaissent depuis des décennies, avec des heures creuses la nuit, parfois un peu le matin et en début de soirée ? La réponse tient à l’évolution physique du système électrique. La CRE et Enedis l’assument ouvertement : l’objectif est de coller à la production disponible, en particulier au solaire photovoltaïque.
En journée, entre 11h et 17h, le parc photovoltaïque français injecte massivement sur le réseau. RTE, le gestionnaire de transport, documente une hausse rapide de la production solaire : plus de 22 GW de puissance installée fin 2024, contre à peine la moitié quelques années plus tôt. Cette production arrive en milieu de journée, quand l’ancienne grille tarifaire poussait encore les usages vers la nuit.
La CRE a donc acté un basculement : une partie des heures creuses glisse vers le milieu de journée, là où l’électricité est abondante et moins tendue. Enedis parle clairement d’« aligner les heures creuses avec les périodes où l’électricité est la plus disponible ». Autrement dit, l’heure creuse n’est plus synonyme de nuit noire. Elle suit la courbe réelle de disponibilité de l’énergie sur le réseau.

Les plages 7h-11h et 17h-23h, historiquement utilisées, disparaissent car elles coïncident avec des pics de consommation résidentielle et tertiaire : lever, douches, préparations de repas, retours du travail. Dans ces périodes, le réseau est sous tension, les centrales thermiques tournent plus, le signal prix ne va plus dans ce sens.
Calendrier, foyers concernés, cas particuliers
La réforme ne tombe pas d’un coup pour tout le monde. Enedis a prévu une bascule en deux grandes phases, uniquement pour les clients équipés d’un compteur Linky et ayant une offre HP/HC.
- Phase 1 : novembre 2025 – juin 2026
Environ 1,7 million de clients sont concernés, ceux dont les heures creuses se situent déjà l’après-midi et la nuit. Pour eux, les nouvelles heures creuses restent identiques en été et en hiver. Des plages comme 7h-11h sortent du régime creux pour passer en heures pleines. Les nouveaux créneaux se concentrent sur 23h-7h et 11h-17h. - Phase 2 : décembre 2026 – octobre 2027
Environ 9,3 millions de clients basculent à leur tour. Cette fois, la réforme ajoute un volet saisonnier, avec des horaires différents en été et en hiver. Les 8 heures restent, mais la répartition jour/nuit varie.
Au total, la réforme vise plus de 11 millions de foyers, soit la quasi-totalité des clients HP/HC raccordés à Enedis. L’entreprise précise que le changement est automatique : aucun changement de compteur, aucun déplacement technique. Le compteur Linky reçoit la nouvelle programmation à distance.

Certains profils restent à part. Des publications spécialisées signalent que quelques clients conserveront une plage unique de 8 heures la nuit, notamment dans des zones où le réseau reste moins flexible ou pour certaines offres spécifiques. Ces situations restent minoritaires. La règle la plus courante devient le double créneau : nuit + milieu de journée.
Nouvelle donne saisonnière : été solaire, hiver nocturne
La vraie rupture apparaît à partir du 1er novembre 2026, avec le passage à un régime saisonnier, confirmé par la CRE, Enedis et les fiches pédagogiques d’Engie et d’Energie-info.
Le principe :
- Été : du 1er avril au 31 octobre
Plus d’heures creuses en journée. Des plages de 2 à 3 heures basculent en fin de matinée ou en après-midi, typiquement entre 11h et 17h, pour coller au pic solaire. La nuit garde au moins 5 heures, mais une part de la flexibilité tarifaire glisse vers le jour. - Hiver : du 1er novembre au 31 mars
Priorité à la nuit. Quand la production solaire se réduit, la consommation reste plus pilotable la nuit, avec un mix centré sur le nucléaire et l’hydraulique. Les heures creuses de journée se raréfient ou raccourcissent.
Ce basculement saisonnier sert un objectif simple : utiliser la tarification comme signal de pilotage. L’été, le réseau cherche à absorber les surplus solaires qui font parfois chuter les prix de gros en milieu de journée. L’hiver, l’effet recherché vise surtout la réduction des pointes de consommation du matin et du soir, très coûteuses pour le système et responsables d’une partie des émissions de CO₂ quand il faut allumer des moyens fossiles.
La CRE a d’ailleurs ouvert la porte à des configurations plus fines. Une délibération a autorisé Enedis à proposer le créneau 11h-14h en heures creuses pendant l’hiver pour certains nouveaux clients. Cette possibilité reste encadrée, mais elle illustre la logique : l’heure creuse sert désormais de levier de pilotage très ciblé, plutôt qu’un simple avantage de confort la nuit.
Ce que le consommateur peut (vraiment) faire… et ce qu’il ne contrôle pas
Premier point qui agace déjà beaucoup de foyers : un particulier ne choisit pas ses horaires d’heures creuses. Les créneaux sont définis par Enedis, en fonction du réseau local, puis transmis au fournisseur. Les guides Engie, Energie-info et Enedis sont clairs : un client ne peut pas demander à passer de 12h-15h à 14h-17h ou à récupérer une plage du matin. Il peut changer d’offre, voire de fournisseur, mais pas redessiner la grille locale.
Enedis indique toutefois une règle de transparence : le fournisseur doit prévenir le client au moins un mois avant la modification effective. Pour les vagues les plus structurantes, Enedis transmet même les nouveaux horaires six mois avant aux fournisseurs. Dans la pratique, le consommateur retrouve ses nouveaux créneaux :
- sur sa facture d’électricité, où les horaires HP/HC sont mentionnés,
- dans son espace client chez son fournisseur,
- via le service client, qui peut confirmer la plage exacte.
Côté action, là, le levier existe vraiment. Les organismes publics comme service-public.fr et Energie-info recommandent trois gestes de base :
- Reprogrammer les appareils énergivores : chauffe-eau électrique, lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge, pompe à chaleur pour l’eau chaude sanitaire, recharge de véhicule électrique. Tous ces équipements acceptent une programmation horaire ou une commande via contacteur jour/nuit.
- Utiliser des programmateurs et prises connectées : sur un ballon d’eau chaude sans contacteur, sur un congélateur, sur un gros électroménager. Les accessoires à quelques dizaines d’euros suffisent pour aligner les usages sur les nouveaux créneaux.
- Surveiller l’effet réel sur la facture : via le suivi conso Enedis (espace Enedis, données Linky) ou les outils des fournisseurs, le client peut vérifier si la part d’heures creuses dépasse bien le quart de sa consommation annuelle. En dessous, l’option HP/HC perd son intérêt.
Un point souvent oublié mérite d’être rappelé : la réforme ne change pas seulement l’heure, mais l’habitude de vie. Lancer un lave-linge à 13h au lieu de 20h, programmer une recharge de voiture entre 23h et 3h, décaler la chauffe d’un ballon d’eau chaude sur l’après-midi en été, tout cela demande un peu d’anticipation. Pour un foyer très rigide sur ses horaires, l’option HP/HC peut devenir moins attractive qu’un tarif base, même après la réforme.

Qui gagne, qui perd avec la fin des heures creuses du matin et du soir ?
Pour les ménages, l’effet de la réforme n’est pas neutre. Elle crée des gagnants évidents et des profils plus pénalisés.
Les grands gagnants sont les foyers qui disposent :
- d’un chauffe-eau électrique pilotable,
- d’un véhicule électrique ou hybride rechargeable,
- d’électroménager programmable et d’horaires souples (télétravail, retraités, foyers présents en journée).
Pour eux, la nouvelle plage 11h-17h en été tombe plutôt bien. Ils peuvent lancer lave-linge, lave-vaisselle, éventuellement climatisation pendant les heures creuses de milieu de journée. L’hiver, la grande plage nocturne reste idéale pour la recharge des batteries et la production d’eau chaude.

Les perdants potentiels sont plutôt :
- les foyers absents toute la journée, sans équipement programmable ou sans envie de s’y intéresser,
- les ménages qui utilisaient beaucoup les anciennes heures creuses matinales de type 6h-8h pour la douche et le petit-déjeuner,
- les utilisateurs qui avaient calé toute leur organisation sur un créneau du soir 22h-23h devenu payant.
Pour ces profils, le calcul économique doit être repris. L’option HP/HC garde un surcoût en abonnement et un tarif heures pleines plus élevé qu’en base. Si la bascule vers les nouvelles plages n’est pas accompagnée d’une vraie adaptation des usages, la facture peut monter au lieu de baisser. Les comparateurs d’offres d’électricité invitent d’ailleurs déjà les clients à simuler leur profil réel avant de garder ou non l’option HP/HC après le changement d’horaires.
Conclusion : une réforme cohérente avec le système, moins confortable pour les habitudes
Sur le plan technique, la réforme a une cohérence évidente. Elle colle aux courbes de production solaire en pleine journée, elle soulage les pointes du matin et du soir, elle utilise l’outil tarifaire comme levier simple pour piloter 11 millions de compteurs Linky. Pour le système électrique, le gain est clair : lissage de la demande, meilleure utilisation des renouvelables, limitation des pointes fossiles.
Du point de vue du client, le ressenti sera plus partagé. Les anciennes heures creuses du matin et du soir avaient fini par entrer dans les habitudes. Les retirer crée des frottements, surtout pour les foyers qui ont peu de marge de manœuvre sur leurs horaires. Le signal prix reste là, mais il exige une discipline plus grande, en particulier en été avec des heures creuses en milieu de journée.
La vraie question n’est donc plus « à quelle heure l’électricité coûte moins cher ? » mais « suis-je prêt à adapter ma vie, ou au moins mes machines, aux nouveaux créneaux ? ». Ceux qui répondent oui peuvent tirer parti de la réforme, voire mieux qu’avant avec l’essor du solaire. Ceux qui répondent non devront envisager, chiffres à l’appui, si l’option heures pleines / heures creuses garde encore un sens sur leur facture.




