Électricité “gratuite” ou “illimitée” : ce que vendent Engie et Octopus en 2026
En 2026, les fournisseurs ne se battent plus seulement sur le prix du kWh. Ils vendent des slogans. Engie parle d’électricité “gratuite”, Octopus d’électricité “à volonté”. Derrière ces mots, les mécanismes tarifaires restent très classiques, avec deux cibles bien distinctes : les foyers équipés d’une voiture électrique et ceux prêts à déplacer massivement leur consommation.
Octopus Energy a lancé l’offre Octopus Drive Pack. Le principe est simple sur le papier : recharge illimitée de la voiture électrique à domicile pour 29,99 € par mois, forfait fixe, sans lien direct avec les kWh consommés. La recharge passe par un pilotage automatique, via une borne compatible et l’application Octopus, qui envoie l’énergie la nuit et sur les plages horaires où le prix de gros est le plus bas et où le mix électrique est plus décarboné. Le reste de la consommation du foyer reste facturé au tarif réglementé de vente (TRV) d’EDF ou au tarif du contrat d’électricité auquel le pack est adossé.

Engie a répliqué avec l’offre Happy Heures Vertes. Promesse : 2 heures d’électricité “gratuites” chaque après-midi, sur un créneau de 2 heures choisi par le client, aligné sur les pics de production solaire. L’idée affichée est claire : coller la consommation aux heures où le système électrique regorge d’électricité renouvelable, et transformer ces heures en vitrine commerciale. Sauf que la gratuité n’est ni totale ni uniforme.

Les comparateurs spécialisés comme JeChange et Selectra rappellent que ces deux offres sont marginales dans les portefeuilles de produits Engie et Octopus, mais elles attirent l’œil. Ce sont des offres d’image, pensées pour capter l’automobiliste électrique et le consommateur qui se pense “flexible”, à une période où le prix du kWh reste sous surveillance après la crise de 2022-2023.
Octopus Drive Pack : qui profite vraiment de la recharge “illimitée” à 29,99 €/mois ?
L’offre Octopus Drive Pack est la plus simple à comprendre au départ : 29,99 € par mois, quelle que soit la quantité d’électricité utilisée pour recharger sa voiture à domicile. Octopus prévoit un couplage avec un contrat d’électricité classique, souvent son offre Intelligent Octopus, dont le prix du kWh tourne autour de 0,19 €/kWh TTC pour un foyer moyen en 2026, soit un niveau inférieur à celui d’Engie selon les comparateurs indépendants.
Pour mesurer l’intérêt du forfait “illimité”, il faut sortir la calculette. Un automobiliste qui parcourt 15 000 km par an avec une voiture électrique qui consomme 17 kWh/100 km a besoin d’environ 2 550 kWh par an pour la traction, hors pertes. Au tarif réglementé autour de 0,25 €/kWh début 2026, cela représente un budget annuel voisin de 640 €. Avec Octopus Drive Pack, la recharge revient à 359,88 € par an (12 × 29,99 €), soit autour de 280 € économisés dans ce cas de figure.

Le seuil d’intérêt se situe donc bien plus bas. Avec un coût “virtuel” de la recharge proche de 0,14 €/kWh pour une consommation de 2 550 kWh, le forfait devient rentable dès qu’on dépasse un certain kilométrage annuel. Un conducteur qui roule peu, par exemple 7 000 à 8 000 km par an, ne consomme qu’environ 1 200 à 1 400 kWh. À ce niveau, le coût par kWh “forfaitaire” grimpe, et l’avantage par rapport à un contrat standard se réduit fortement. En dessous d’un certain volume, l’abonnement reste payé, mais l’économie disparaît.
Second point, le pilotage. Octopus ne laisse pas libre la plage de recharge. L’application prend la main pour concentrer la charge sur des heures choisies comme “bonnes” pour le réseau, la nuit ou pendant des creux de prix de gros. Le client indique son heure de départ et le niveau de batterie souhaité. Ce système limite les coûts d’Octopus, qui achète l’électricité quand elle vaut peu. Il n’y a pas de miracle : l’”illimité” repose sur une gestion très serrée des heures d’envoi de l’énergie vers la voiture.
Le reste de la maison n’est pas inclus. La cuisson, le chauffage, le ballon d’eau chaude, tout continue à être facturé au tarif du contrat principal. L’offre n’intéresse donc que les foyers qui :
- rechargent très souvent à domicile,
- parcourent un kilométrage annuel élevé avec leur voiture électrique,
- acceptent une recharge quasi exclusivement nocturne, avec une faible flexibilité de dernière minute.
Pour ces profils, Octopus Drive Pack est une sorte d’assurance‑kilomètres. Pour les autres, surtout ceux qui roulent peu ou disposent fréquemment d’infrastructures de recharge au travail ou sur des bornes publiques à tarifs avantageux, le forfait devient plus discutable. Les comparateurs comme Selectra, JeChange ou Kelwatt classent déjà Octopus parmi les fournisseurs compétitifs sur le kWh, même sans ce pack. Le client doit donc comparer l’offre globale, pas seulement le slogan “illimité”.
Engie Happy Heures Vertes : une électricité “gratuite” financée par les 22 autres heures
L’offre Happy Heures Vertes d’Engie fonctionne sur un ressort très différent. Le fournisseur met en avant 2 heures d’électricité “gratuites” par jour, sur une plage fixe choisie entre 11 h et 17 h selon les présentations, avec une cible affichée : utiliser les pics de production solaire. Pour un foyer électrique, deux heures par jour semblent séduisantes. Un lave-linge, un lave-vaisselle, un ballon d’eau chaude, une charge de voiture, tout peut théoriquement se décaler sur ce créneau.
Dans les faits, les chiffres publiés par JeChange et Selectra montrent une réalité moins flatteuse. La “gratuité” ne couvre pas la totalité du prix du kWh. Les taxes restent dues, à hauteur de 0,03598 €/kWh selon les analyses. La part “énergie” disparaît pendant les 2 heures choisies, mais les contributions et taxes (TURPE, CTA, TVA, CSPE lorsque réactivée) ne s’évaporent pas. La gratuité est donc partielle.
Le point clé se trouve ailleurs : l’offre renchérit les 22 autres heures de la journée. Les études de cas publiées montrent une hausse d’environ 17 % du prix du kWh, en heures pleines comme en heures creuses, par rapport au tarif réglementé d’EDF. Autrement dit, le client paie plus cher tout le temps, pour “gagner” deux heures moins chères. La question bascule alors sur la capacité réelle à déporter sa consommation.
JeChange présente un exemple concret avec une consommation annuelle de 7 700 kWh, dont seulement 5 % sur les heures dites “gratuites” et le reste réparti en heures pleines et creuses. Dans ce scénario, le budget annuel total atteint 1 854,24 €, abonnement inclus, soit environ 201 € de plus que le tarif réglementé</strong pour le même profil de consommation. Le client paie plus cher, car il ne déplace pas assez d’usage sur la plage gratuite.
Selon les calculs de Selectra repris par JeChange, pour que l’offre Happy Heures Vertes commence à devenir financièrement positive, un foyer doit concentrer au moins 18 % de sa consommation annuelle sur les deux heures “gratuites”. Ce seuil reste très élevé pour un foyer standard, qui consomme sur toute la journée, avec chauffage, eau chaude, cuisson et appareils divers. Pour atteindre 18 %, il faut une discipline quasi industrielle : lancer systématiquement les gros appareils sur cette tranche, et surtout charger une voiture électrique sur ce créneau.
Autre limite, la plage horaire. Engie vise le pic de solaire de l’après-midi. Or, dans la vraie vie, les usages résidentiels sont plutôt concentrés le matin et le soir, au retour du travail ou de l’école. Les 2 heures gratuites tombent à un moment où une partie des foyers est peu présente chez elle. Sans domotique avancée ou sans véhicule électrique à domicile en journée, la capacité à exploiter le créneau reste faible. L’offre devient alors une hausse déguisée des 22 heures payantes.

Comparatif chiffré : Engie Happy Heures Vertes vs Octopus Drive Pack
Les deux offres n’ont pas le même périmètre, mais elles jouent sur la même corde marketing. L’une parle de “gratuit”, l’autre d’”illimité”. Pour un lecteur averti, la question n’est pas le slogan, mais la facture annuelle et la contrainte d’usage.
| Critère | Octopus Drive Pack | Engie Happy Heures Vertes |
|---|---|---|
| Objet de l’offre | <strongRecharge illimitée de la voiture électrique à domicile | 2 heures d’électricité “gratuites” par jour pour tout le logement |
| Forme tarifaire | Forfait mensuel 29,99 € pour la recharge, hors reste de la consommation | Prix du kWh en hausse d’environ 17 % sur 22 h, “gratuité” partielle sur 2 h |
| Public cible | Propriétaires de voiture électrique avec recharge majoritairement à domicile | Foyers capables de déporter de gros usages sur 2 h en journée, idéalement avec VE |
| Seuil de rentabilité | Intéressant au-delà d’un kilométrage annuel élevé, typiquement autour de 12 000 à 15 000 km et plus | Rentable à partir d’environ 18 % de la consommation annuelle sur les heures gratuites |
| Risque pour le client | Payer un forfait sans assez rouler ou recharger ailleurs, dilution de l’avantage | Payer une facture annuelle supérieure au TRV si l’usage ne se concentre pas sur les 2 h gratuites |
| Souplesse d’usage | Recharge pilotée surtout la nuit, peu adaptée aux urgences de dernière minute | Créneau en journée pouvant coller mal aux habitudes réelles des foyers |
Les comparateurs comme Selectra, Kelwatt, Papernest et JeChange convergent sur un point : à tarif de base, sans gimmick marketing, Octopus Energy reste en 2026 moins cher qu’Engie sur le kWh pour l’électricité, avec son offre Intelligent Octopus environ 5,9 % en dessous de l’offre Elec Référence 3 d’Engie pour un foyer de 5 700 kWh, soit environ 79 € économisés par an sur ce profil. Dans ce décor, les offres “gratuite” et “illimitée” viennent se greffer sur des grilles déjà différenciées. Un client qui choisit Engie pour Happy Heures Vertes part souvent avec un prix un peu plus élevé sur les heures hors gratuité que s’il optait pour Octopus sur une offre classique.
Pour un possesseur de voiture électrique, le match est plus clair. Octopus Drive Pack cible directement la voiture, et laisse l’électricité du logement sur un tarif standard relativement compétitif. Engie Happy Heures Vertes offre une fenêtre de tir gratuite potentielle pour la recharge, mais sur un créneau horaire limité, avec un prix gonflé sur tout le reste du temps. Il faut alors arbitrer entre confort, discipline de charge et niveau de consommation globale.
Pour quel profil Engie ou Octopus “gagnent” vraiment ?
Un foyer standard, sans voiture électrique, chauffé au gaz ou à l’électricité, avec un usage classique réparti sur matin et soirée, a peu à gagner avec l’un ou l’autre de ces produits “vitrine”. Pour lui, l’enjeu reste le prix moyen du kWh et le niveau de l’abonnement annuel, éventuellement la qualité du service client. Sur ce terrain, les classements de 2026 donnent un avantage à des fournisseurs comme Octopus ou Primeo Énergie, plutôt qu’à Engie, sur la facture pure.
Pour un foyer équipé d’une voiture électrique, les choix se complexifient. Octopus Drive Pack favorise ceux qui :
- rechargent très majoritairement à domicile,
- parcourent au moins autour de 12 000 à 15 000 km par an,
- acceptent la contrainte de la recharge pilotée et nocturne.
En dessous de ces volumes, le forfait de 29,99 € par mois commence à se rapprocher du coût d’une facturation au kWh classique, surtout si le conducteur charge régulièrement sur son lieu de travail ou sur des bornes publiques à prix maîtrisé.
Engie Happy Heures Vertes, lui, ne prend vraiment son sens que chez des foyers très disciplinés, avec :
- un équipement lourd électrique : cumulus, chauffage direct, gros électroménager,
- une automatisation ou une organisation stricte pour concentrer les usages sur les 2 h gratuites,
- éventuellement une voiture électrique branchée sur ce créneau de l’après-midi.
Sans cette discipline, les 17 % de hausse sur les 22 heures restantes emportent vite tout le gain affiché. Les simulations peu flatteuses de JeChange et Selectra, qui aboutissent à plus de 200 € de surcoût annuel pour un foyer type, ne relèvent pas du détail. Elles illustrent un mécanisme simple : la gratuité partielle se finance sur le reste de la facture.
Un autre élément à ne pas négliger tient à la tendance structurelle du marché : le retour à des prix de gros plus stables après le choc de 2022 n’efface pas le risque de nouveaux pics. Un forfait comme Octopus Drive Pack protège le conducteur de ces hausses sur la partie “traction”, puisqu’il paie un montant fixe. À l’inverse, une offre comme Happy Heures Vertes, où la hausse des 22 heures est structurée dans le contrat, risque de devenir encore moins attractive si le client n’adapte pas sa consommation au fil du temps.
Conclusion : marketing agressif, calcul fin pour le consommateur
Les slogans d’électricité “gratuite” chez Engie et d’électricité “illimitée” chez Octopus Energy traduisent une réalité simple : le marché se déplace vers des offres packagées autour des usages, avec la voiture électrique en tête. La facture, elle, continue de reposer sur des équations très classiques de kWh consommés, d’heures tarifées différemment et de disciplines d’usage que peu de foyers respectent à la lettre.
Octopus Drive Pack tient la route pour les gros rouleurs en électrique, qui chargent presque tout à domicile et acceptent le pilotage automatique de la recharge. Pour eux, les 29,99 € par mois peuvent ramener le coût de la traction à un niveau très compétitif. Engie Happy Heures Vertes ressemble davantage à un piège tarifaire pour un foyer moyen, qui ne transférera jamais 18 % de sa consommation sur un créneau de deux heures l’après-midi. Pour quelques profils très spécifiques, très organisés et souvent équipés d’une voiture électrique, l’offre peut toutefois s’aligner avec leurs habitudes.
Le consommateur averti ne doit pas se laisser hypnotiser par le mot “gratuit”. Il doit poser trois questions simples : combien de kWh je consomme, sur quelles plages horaires, et où se trouve le vrai prix dans cette offre. Tant qu’il n’a pas répondu à ces questions, l’électricité “illimitée” ou “gratuite” reste surtout un outil marketing au service des fournisseurs, pas une révolution de sa facture.




