À Shanghai, StairMed Technology développe un implant cérébral introduit par une veine du cou. Le dispositif remonte dans le système vasculaire, puis s’ancre juste à l’extérieur de la paroi d’un vaisseau, près de la région cérébrale ciblée.
Le chiffre annoncé est de dix minutes. Duan Wanru, médecin à l’hôpital Xuanwu, estime qu’un chirurgien ayant quatre ou cinq ans d’expérience pourrait atteindre ce temps pour positionner l’implant. Neuralink a réalisé sa première chirurgie humaine en 2024 avec un robot et une ouverture du crâne; l’intervention avait duré environ deux heures.
En réalité, les dix minutes viennent d’une estimation issue d’essais sur des moutons. Les deux heures correspondent à une intervention humaine menée avec une autre architecture et un autre protocole. Ces durées ne mesurent donc pas une même procédure.
Le pari clinique reste ouvert.
Le trajet contourne l’ouverture du crâne
Le dispositif entre par une veine du cou, progresse jusqu’au cerveau, puis quitte le vaisseau pour s’ancrer sur sa face externe. L’implant doit rester près de la zone ciblée afin de capter l’activité nécessaire à une interface cerveau-machine.
Cette trajectoire évite l’ouverture de la boîte crânienne. StairMed la décrit comme moins invasive que la chirurgie crânienne utilisée par Neuralink. Aucune donnée humaine ne permet encore d’évaluer ce gain.
Dix minutes sur le papier
Duan Wanru formule son estimation au conditionnel: elle concerne un chirurgien ayant quatre ou cinq ans d’expérience. Au 10 août 2026, StairMed n’a pas commencé ses essais chez l’humain. Les dix minutes décrivent donc un temps de positionnement estimé, pas une moyenne clinique validée.
La voie vasculaire a déjà un précédent
StairMed n’est pas la première entreprise à passer par les vaisseaux sanguins. Synchron a implanté son dispositif Stentrode chez dix patients dans le cadre d’essais menés aux États-Unis et en Australie depuis 2023.
Stentrode reste à l’intérieur d’un vaisseau proche du cortex moteur et lit les signaux à travers la paroi vasculaire. Le dispositif de StairMed doit quitter le vaisseau pour s’ancrer juste à l’extérieur. Les deux projets partagent une voie d’accès; leur point de fixation diffère.
Cette différence anatomique touche la distance avec le cortex, la stabilité de l’implant et la collecte des signaux. StairMed a également présenté un programme avec une équipe de l’Académie chinoise des sciences consacré à l’insertion par les vaisseaux et à l’ancrage hors de la paroi vasculaire.
La proposition de StairMed porte donc sur l’ancrage externe d’un dispositif qui emprunte une voie déjà explorée. L’essai humain devra mesurer les conséquences de ce choix sur le fonctionnement du dispositif.
Neuracle montre une autre architecture

À Shanghai, Neuracle Technology a obtenu une autorisation commerciale pour un système destiné à restaurer une partie des mouvements de la main chez des personnes atteintes de lésions de la moelle épinière.
Son appareil sans fil, de la taille d’une pièce de monnaie, se place sur la surface externe du cerveau. Des électrodes EEG implantées captent l’activité du cortex moteur et transmettent les signaux à un gant robotique pneumatique. Le gant peut saisir des objets en transformant l’intention de mouvement du patient en geste exécuté par la machine.
L’autorisation de Neuracle porte sur son propre dispositif et son propre usage. Elle fournit un repère dans les interfaces cerveau-machine, sans renseigner sur la méthode de StairMed, qui n’a encore produit aucun résultat chez l’humain.
L’argent avance plus vite que les essais
StairMed a levé plus de 1,1 milliard de yuans, soit environ 163 millions de dollars, sur une période d’un an. Tencent et Alibaba comptent parmi ses investisseurs.
À Chengdu, Gestala a réuni 150 millions de yuans, environ 21,6 millions de dollars, lors d’un financement d’amorçage pour une plateforme d’interface cerveau-machine non invasive fondée sur les ultrasons. Aux États-Unis, Precision Neuroscience a obtenu en 2025 une autorisation de la FDA pour un implant flexible en forme de ruban destiné à la cartographie cérébrale temporaire pendant des chirurgies ouvertes.
Ces opérations concernent des approches et des étapes différentes. Elles ne fournissent aucune donnée clinique sur l’implant de StairMed.
Un marché projeté à 80 milliards de dollars
Morgan Stanley projette un marché américain des implants d’interface cerveau-machine à 80 milliards de dollars d’ici 2035. Cette estimation décrit un marché futur, pas des ventes actuelles. Pékin vise de son côté l’émergence de deux ou trois acteurs capables de rivaliser à l’échelle mondiale d’ici 2030.
Au 10 août 2026, StairMed reste préclinique
Les tests de StairMed restent limités aux moutons. Sa méthode ajoute un ancrage hors du vaisseau à une voie d’accès déjà explorée par Synchron. La durée réelle de la pose, la sécurité et l’efficacité du dispositif restent à établir chez l’humain.
Les dix minutes ne permettent pas de calculer un gain de vitesse par rapport aux deux heures de Neuralink. Les chiffres ne désignent ni la même architecture ni le même niveau de preuve. La promesse est rapide, la preuve manque.




