Au Texas, Amazon construit le GigaWatt Ranch, un projet qui associe une centrale à gaz à des centres de données voisins consacrés à l’intelligence artificielle. Le 12 août 2026, l’estimation haute porte le volume potentiel à 33 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an. Le chantier n’est pas en exploitation : ce chiffre décrit un scénario de fonctionnement, pas des rejets mesurés.
En apparence, le choix est technique : alimenter les serveurs sans dépendre entièrement du réseau public. Amazon avance trois motifs : alimenter ses serveurs de manière autonome, maîtriser le coût de l’électricité et réduire le risque de coupures pour les populations voisines. La production sera assurée par un site dédié, mais le combustible annoncé reste le gaz.
Le chiffre reste un plafond.
33 millions de tonnes, le chiffre qui change d’échelle
À pleine capacité théorique, les 33 millions dépasseraient de peu le double du repère de 16 millions de tonnes annuelles attribué à une autre installation américaine. Une division par deux donnerait 16,5 millions de tonnes, mais ce calcul ne décrit pas une production mesurée. La comparaison n’est valable que si le périmètre des émissions et la méthode de comptage sont identiques.
Dans la même comparaison, le scénario haut dépasserait aussi le niveau attribué à la centrale à charbon la plus émettrice des États-Unis. Ce ne serait pas un record d’exploitation : le GigaWatt Ranch est encore en construction. Pour classer les sites, il faudra comparer des émissions mesurées sur une même période et avec un périmètre comparable.
Le périmètre de comptage compte aussi. Un total de gaz à effet de serre et un total de CO2 seul ne recouvrent pas nécessairement la même mesure; le nombre de tonnes ne suffit donc pas à lui seul pour établir un classement.
Amazon veut son propre robinet électrique

Pourquoi construire une centrale dédiée plutôt que laisser le réseau alimenter les centres de données? Amazon met en avant la continuité électrique et le contrôle des coûts. La demande liée à l’IA est élevée; le groupe veut éviter que ses installations fassent monter le prix de l’électricité ou accroissent le risque de coupures pour les populations voisines.
L’entreprise affirme aussi prendre directement en charge le coût de l’alimentation de ses activités. Pour Amazon, cette autonomie réduit la dépendance au réseau public et sécurise le fonctionnement des serveurs. Le raisonnement répond à un besoin de puissance et de prix, mais il ne change pas le combustible : une centrale à gaz transforme la demande informatique en combustion sur site.
Payer la centrale ne décarbone pas le gaz.
Le projet change donc le lieu de production, pas la nature de la source. Le réseau public peut être moins sollicité par les centres voisins; le gaz brûlé sur place reste, lui, une source d’émissions. Continuité d’approvisionnement et émissions de GES se mesurent avec deux indicateurs différents.
Objectif 2040, chantier 2026 : la collision est là
Amazon vise la neutralité carbone en 2040 et affirme, en 2026, que cet objectif n’a pas changé. Une porte-parole d’Amazon a toutefois déclaré que le monde était différent au moment où l’engagement avait été pris. Cette phrase ne constitue pas une annonce d’abandon, mais elle pose la question du rôle d’une nouvelle centrale à gaz dans cette trajectoire.
Pour relier l’objectif de 2040 à un chantier lancé en 2026, il faudra suivre les émissions mesurées, la durée de fonctionnement de la centrale et le périmètre retenu dans le bilan d’Amazon. Une cible à long terme ne remplace pas le relevé annuel du site.
Quand l’IA quitte le réseau public

Les grands modèles de langage demandent des capacités informatiques et énergétiques élevées. Le GigaWatt Ranch relie cette demande à une installation de production située près des serveurs. L’électricité nécessaire à l’IA devient ainsi un sujet d’infrastructure : une centrale, du gaz et un bilan d’émissions à suivre.
En sortant une partie de la demande du réseau public, Amazon vise une alimentation plus autonome pour ses centres de données. Cette organisation répond à la continuité électrique, pas à une baisse automatique des émissions. Disponibilité électrique et tonnes de GES restent deux mesures distinctes.
Les quatre questions avant de parler de record
Avant de parler de record, quatre questions doivent être posées :
- Les 33 millions concernent-ils la centrale seule, les centres de données ou l’ensemble du GigaWatt Ranch?
- S’agit-il d’un plafond autorisé, d’une capacité théorique ou d’une prévision de fonctionnement courant?
- Quelle énergie la centrale produira-t-elle en exploitation et combien d’heures fonctionnera-t-elle à pleine puissance?
- Comment Amazon intégrera-t-elle ces émissions dans son objectif de neutralité carbone pour 2040?
Le calcul de 16,5 millions à 50 % montre l’ordre de grandeur; il ne suffit pas à établir un record. Les comparaisons doivent conserver le même type de gaz, la même période et le même périmètre.
Au 12 août 2026, GigaWatt Ranch reste donc un projet en construction et un scénario d’émissions. Son niveau réel dépendra de la production de la centrale et de son temps de fonctionnement.
Le gaz consommé tranchera le débat.




