Dans une zone de réensauvagement de 120 hectares au Danemark, des chevaux et des bovins n’utilisent pas l’espace de façon uniforme. Une étude publiée en janvier 2026 dans la revue scientifique Ecological Applications (DOI 10.1002/eap.70170) a relié leurs déplacements suivis par GPS à l’évolution de la végétation mesurée par satellite.
Le résultat est précis : la densité de la végétation et la connectivité du paysage prédisent une part des préférences spatiales des deux groupes. Les secteurs fortement utilisés, ouverts et dominés par une végétation basse, ont connu une progression plus lente de la productivité végétale pendant la saison de croissance.
Le paysage guide la répartition des animaux, tandis que leur fréquentation coïncide avec une évolution différente de la végétation. La relation reste une association observée dans un seul site. La carte révèle cette préférence.
À 120 hectares, la moyenne ne suffit pas
Le réensauvagement trophique vise à restaurer une complexité trophique en réintroduisant des herbivores capables de tenir le rôle fonctionnel d’animaux disparus. Dans la zone étudiée, le pâturage se déroule toute l’année et l’analyse porte sur les conséquences spatiales observées à l’échelle du site.
Une description globale de la zone ne suffit pas à dire où les animaux se concentrent. La densité de la végétation et la connectivité du paysage orientent l’usage de l’espace. L’étude s’intéresse donc à la carte des déplacements, pas à un simple total d’animaux. Cette échelle permet d’observer les concentrations locales, mais elle limite aussi la portée d’une extrapolation à d’autres sites.
Un protocole qui sépare les déplacements et la verdure
Les chercheurs ont utilisé les positions d’animaux équipés de colliers GPS et un modèle de préférence spatiale. Ils ont comparé l’usage de l’espace à un indice satellitaire de productivité végétale pendant la saison de croissance. L’analyse teste aussi la variation spatiale de cette productivité, utilisée comme indicateur de l’hétérogénéité du paysage.
Le GPS ne mesure pas chaque prise alimentaire. Il indique les secteurs davantage utilisés, tandis que l’indice satellitaire suit une évolution de productivité ou de verdure. Cette distinction rappelle qu’on ne peut pas assimiler automatiquement fréquentation et quantité broutée.
La topographie et la végétation peuvent orienter à la fois le choix des animaux et le signal observé. L’étude relie ces variables, mais ne démontre pas que chaque changement de végétation provient du pâturage.
Les secteurs ouverts concentrent les usages

La densité de la végétation et la connectivité du paysage prédisent l’usage de l’espace chez les chevaux comme chez les bovins. Les zones ouvertes et très utilisées sont associées à une végétation herbacée courte ou arbustive, tandis que la productivité de la saison de croissance y progresse moins. Le ralentissement de la succession végétale apparaît donc dans les secteurs les plus fréquentés.
Les deux espèces sont aussi fortement attirées par un abri artificiel installé dans la zone. Une infrastructure peut donc concentrer les déplacements sur une portion du site. Son emplacement devient un paramètre à suivre au même titre que la végétation.
Quand les ressources se raréfient, les usages de l’espace divergent davantage entre chevaux et bovins. Cette divergence soutient l’intérêt de plusieurs types fonctionnels d’herbivores pour produire une hétérogénéité structurelle, sans démontrer que chaque espèce agit de la même façon sur chaque plante.
Le résultat décrit une végétation plus hétérogène à l’échelle du paysage, plutôt qu’une pelouse identique partout. La mosaïque compte plus que la moyenne.
La sécheresse de 2018 complique la lecture
Après la sécheresse paneuropéenne de 2018, les secteurs les plus utilisés ont subi les plus fortes baisses de verdure. Ils ont aussi récupéré le plus vite. Ces deux mouvements ne suffisent pas à isoler un effet du pâturage : l’épisode climatique a touché l’ensemble du paysage.
Après la sécheresse, la population d’herbivores a diminué d’environ deux tiers. Le paysage a ensuite verdi de façon générale, sans relation claire avec l’intensité d’utilisation de l’espace. La comparaison entre périodes devient alors fragile. Le signal reste donc partiel.
L’étude relie des préférences spatiales, des changements de productivité et une période de sécheresse dans une zone précise. Elle ne démontre pas que les animaux ont causé chaque baisse de verdure, ni que les mêmes relations s’observeraient avec une autre densité, un autre climat ou un autre site.
Un résultat utile, sans mode d’emploi universel
Dans cette zone, l’étude soutient que le pâturage toute l’année peut limiter la densification de la végétation dans les secteurs fortement utilisés, dans des conditions proches du naturel. C’est une conclusion spatiale, pas un programme de gestion applicable sans adaptation à tous les sites.
La densité d’herbivores, la distribution des ressources et l’emplacement des infrastructures doivent être lus ensemble. Le suivi doit aussi intégrer les épisodes climatiques qui modifient à la fois la végétation et les effectifs. La portée s’arrête à ce cas : 120 hectares au Danemark.
L’effectif compte, la répartition aussi.
Sources et références scientifiques
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