Nouveaux horaires des heures creuses en novembre 2025 : ce qui va vraiment changer pour 11 millions de foyers
Réforme des heures creuses au 1er novembre 2025 : 8 h par jour, fin des créneaux du matin et du soir, arrivée massive d’HC en journée. Voici qui gagne, qui perd.
Heures creuses, novembre 2025 : ce que la réforme change concrètement
À partir du 1er novembre 2025, les horaires d’heures creuses vont être modifiés pour environ 11 millions de foyers équipés d’un compteur Linky avec option heures pleines / heures creuses, selon Enedis et le site Service-public. La règle des 8 heures creuses par jour ne bouge pas, mais la façon de les répartir change en profondeur.
La réforme découle d’une décision de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), annoncée en février 2025. L’objectif est clair : coller à la réalité du réseau, à l’essor du solaire et aux nouveaux usages, comme la recharge des véhicules électriques ou le télétravail. La CRE veut que les heures creuses coïncident avec les moments où l’électricité est abondante et bon marché, plutôt qu’avec des schémas historiques figés sur les années 60.
Enedis annonce deux grandes étapes. D’abord, une phase de novembre 2025 à fin 2026 où environ 1,7 à 5 millions de clients verront leurs heures creuses évoluer sans saison été/hiver, avec surtout la suppression des créneaux du matin et du début de soirée. Puis une seconde phase, de décembre 2026 à fin 2027, pour environ 9,3 millions de clients, avec des horaires qui varieront selon la saison dans certaines zones. Le calendrier précis peut varier d’un territoire à l’autre, mais l’horizon global reste la fin 2027.
Les fournisseurs d’électricité recevront les nouveaux créneaux 6 mois avant leur mise en service et doivent prévenir chaque client au moins 1 mois avant le basculement, via facture, mail, SMS ou espace client. Aucun déplacement de technicien ne sera nécessaire, les compteurs Linky étant pilotés à distance.
Les nouveaux horaires type : 5 h la nuit, jusqu’à 3 h en journée
Le cœur de la réforme tient en quelques chiffres. Les nouvelles heures creuses s’organisent autour d’un socle fixe et de variantes locales, définies par Enedis en fonction du réseau et de la production, en particulier solaire.
- 8 heures creuses par jour, inchangées sur la durée totale.
- Au moins 5 heures consécutives la nuit, situées entre 23 h et 7 h.
- Jusqu’à 3 heures creuses en journée, situées entre 11 h et 17 h.
Les plages historiques du matin et du début de soirée disparaissent progressivement :
- Fin des heures creuses 7 h – 11 h.
- Fin des heures creuses 17 h – 21 h en hiver et 18 h – 23 h en été.
Selon les analyses d’Hello Watt et d’Enedis, environ 90 % des foyers passeront à un schéma “nuit + journée”, contre environ 40 % aujourd’hui. Une minorité conservera des heures creuses uniquement la nuit, avec une plage unique ou scindée, suivant la logique du réseau local.
Quatre grands profils d’horaires sont prévus par Enedis :
- HC uniquement la nuit, sans saisonnalité.
- HC nuit + après-midi, sans saisonnalité.
- HC uniquement la nuit, avec saison été/hiver.
- HC nuit + après-midi, avec saison été/hiver.
Le détail précis est local, défini par Enedis ou l’opérateur de réseau en zone non Enedis. Un point clé : le client ne choisit pas ses heures creuses, il les subit, mais peut ajuster ses usages en conséquence.
Été / hiver : l’électricité suit le soleil, vos horaires aussi
La réforme introduit une notion peu familière pour le grand public : des heures creuses saisonnières. Service-public, la CRE et Enedis décrivent un découpage simple :
- Hiver : du 1er novembre au 31 mars.
- Été : du 1er avril au 31 octobre.
En hiver, la production solaire chute, la demande reste forte le matin et le soir, surtout à cause du chauffage et de l’éclairage. Les heures creuses sont donc majoritairement la nuit, entre 23 h et 7 h. Les créneaux en journée peuvent exister, mais restent plus limités.
En été, le raisonnement se renverse. Le solaire injecte beaucoup d’électricité en milieu de journée. La CRE veut que les foyers consomment davantage pendant ce “pic solaire”. Les heures creuses en journée, entre 11 h et 17 h, prennent donc plus de poids, parfois avec 3 heures complètes sur cette tranche, comme le décrivent les fiches d’Enedis et les articles d’info.gouv.fr.
Ce basculement saisonnier ne s’appliquera pas partout de la même façon. La CRE prévoit des profils régionaux en fonction de l’ensoleillement, du développement du photovoltaïque et de la structure du réseau local. Une zone très équipée en solaire au sol ou en toitures pourra se voir attribuer davantage d’heures creuses en milieu de journée l’été qu’une région peu équipée. Là encore, le client n’a pas la main, mais peut s’en servir pour caler ses usages les plus lourds sur les heures où le réseau “a besoin” de consommation.
Qui est concerné, qui ne l’est pas, et ce que ça change sur la facture
La réforme ne touche pas tout le monde. Elle vise une catégorie bien précise d’abonnés :
- Les particuliers et petites entreprises avec une puissance souscrite ≤ 36 kVA.
- Équipés d’un compteur Linky (ou équivalent communicant en régie locale).
- Ayant choisi l’option tarifaire heures pleines / heures creuses.
Les autres restent à l’écart : options base, Tempo, offres spécifiques sans HP/HC, gros industriels en haute tension en dehors des schémas résidentiels. Pour ces clients, cette réforme ne change rien aux horaires, sauf cas particulier prévu sur le réseau haute tension à partir de 2027 pour certaines consommations industrielles estivales.
Sur la facture, la CRE, Enedis et des fournisseurs comme TotalEnergies insistent sur un point : la réforme ne change pas les prix unitaires HP et HC liés au contrat. Le tarif du kWh en heures creuses et celui des heures pleines restent fixés par le fournisseur (ou par les TRV pour ceux qui les ont) indépendamment de cette réforme d’horaires. Ce qui change, c’est le moment où vous accédez au tarif réduit.
La question réelle est donc la suivante : votre manière de consommer colle-t-elle, ou non, aux nouveaux créneaux. Un foyer qui avait l’habitude de lancer lave-linge, lave-vaisselle et chauffe-eau en heures creuses du matin (7 h – 9 h) verra ces plages disparaître. S’il ne déplace pas ses usages sur la nuit ou l’après-midi, il perdra une partie de ses gains HP/HC.
À l’inverse, un ménage équipé de panneaux photovoltaïques autoconsommation + ballon d’eau chaude programmable pourra profiter d’une double fenêtre : production solaire et tarif heures creuses alignés en journée, ce qui réduit la facture et l’appel au réseau au mauvais moment. Les propriétaires de véhicule électrique sont aussi directement concernés : la recharge devra se caler prioritairement sur la plage 23 h – 7 h, avec éventuellement un complément entre 11 h et 17 h.
Tableau comparatif : avant / après la réforme (schéma type)
| Période | Avant réforme (cas fréquent) | Après réforme (schéma cible CRE) |
|---|---|---|
| Nuit | 8 h d’HC d’affilée entre 22 h / 23 h et 6 h / 7 h | Au moins 5 h d’HC consécutives entre 23 h et 7 h |
| Matin | Parfois HC 6 h – 8 h ou 7 h – 9 h | Suppression des HC 7 h – 11 h |
| Après-midi | HC rares pour les particuliers | Jusqu’à 3 h d’HC entre 11 h et 17 h |
| Soir | HC possibles 21 h – 23 h dans certains schémas | Suppression des HC 17 h – 21 h (hiver) et 18 h – 23 h (été) |
Comment un foyer doit s’adapter : gestes concrets, pas de théorie
Sur le terrain, l’enjeu est très simple : déplacer ses usages lourds sur des horaires qui collent aux nouveaux créneaux. Les recommandations d’Enedis, de Service-public et de plusieurs fournisseurs convergent, mais il faut les traduire en gestes précis.
1. Identifier ses nouveaux horaires, noir sur blanc
La première étape reste basique mais indispensable : connaître ses futurs horaires. Les sources officielles sont les seules qui comptent :
- Votre facture d’électricité, après bascule.
- Votre espace client chez le fournisseur.
- Le service client de votre fournisseur, si le doute persiste.
Enedis ne communique pas directement au particulier pour les plages individuelles, c’est le fournisseur qui fait l’interface. Mais le gestionnaire prévient les fournisseurs 6 mois avant, ce qui laisse du temps pour anticiper.
2. Reprogrammer les équipements énergivores
Trois postes pèsent lourd : eau chaude, électroménager, recharge de véhicule électrique.
- Chauffe-eau : les ballons asservis au contacteur jour/nuit relié au compteur Linky suivront automatiquement les nouvelles heures creuses. Si deux plages existent, le ballon pourra chauffer la nuit et en journée, selon les besoins. Aucun changement matériel à prévoir, sauf si vous aviez bricolé des horaires manuels en parallèle.
- Lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge : utiliser les fonctions départ différé pour lancer les cycles entre 23 h et 7 h ou sur les créneaux 11 h – 17 h. Les programmateurs mécaniques ou les prises connectées deviennent utiles pour les appareils sans minuterie.
- Véhicule électrique : régler la recharge principalement sur la plage nocturne de 5 heures consécutives. Pour les gros trajets, un complément sur les heures creuses de journée l’été est intéressant, surtout si le kWh reste moins cher à ce moment-là que le soir en heures pleines.
Les données de consommation disponibles via Linky et les outils des fournisseurs donnent une vision précise des kWh consommés par tranche horaire. L’objectif est simple : faire coïncider la courbe des gros usages avec les fenêtres d’heures creuses.
3. Adapter ses habitudes de confort aux nouveaux signaux
La réforme ne touche pas seulement les “machines”. Elle impacte aussi des usages comme la climatisation ou certains chauffages électriques.
- Climatisation estivale : l’été, refroidir le logement en milieu de journée pendant les heures creuses puis jouer sur l’inertie thermique le reste du temps réduit la facture. Ce point est particulièrement cité par Enedis dans ses recommandations.
- Chauffage électrique : en hiver, la plage nocturne de 5 heures reste clé pour charger les planchers chauffants, les radiateurs à inertie ou les ballons d’accumulation. Un pilotage précis via thermostat programmable ou solution domotique permet d’éviter les appels de puissance aux heures pleines du soir, où le réseau est sous tension.
Les offres “HP/HC” n’avaient déjà plus beaucoup de sens pour les petits consommateurs sans usages lourds. La réforme accentue ce phénomène. Un foyer qui consomme peu, sans chauffe-eau électrique ni véhicule, et qui ne veut pas se caler sur des horaires précis, aura souvent intérêt à regarder une option tarifaire base ou une offre à prix fixe simple, plutôt que de se battre pour exploiter 8 heures creuses moins compatibles avec son rythme quotidien.
Une réforme pensée réseau… mais à surveiller côté consommateur
Cette réforme n’est pas un gadget tarifaire. C’est une réponse directe aux contraintes du réseau français et à la montée en puissance du solaire. Enedis et la CRE cherchent à lisser la demande et à aligner les prix réduits avec les heures de forte disponibilité d’électricité, plutôt que de subventionner des consommations à des moments où le système est sous tension.
Pour un foyer bien équipé et un minimum discipliné, le changement peut devenir une opportunité : plus d’heures creuses en journée, l’été, alignées sur la production photovoltaïque, avec toujours 5 heures assurées la nuit pour les usages lourds. Pour un ménage qui vivait sur les heures creuses du matin ou du début de soirée sans grande marge de manœuvre, la réforme peut au contraire rendre l’option HP/HC moins rentable, voire inutile.
La CRE a prévu un bilan dès 2027 pour ajuster le dispositif. D’ici là, le réflexe à adopter est clair : surveiller ses nouveaux créneaux, déplacer ce qui consomme fort, et ne pas hésiter à faire un vrai calcul entre option base et HP/HC au vu de son profil. La réforme des heures creuses reste une affaire de réseau électrique, mais c’est au consommateur de décider si, dans sa situation précise, le jeu du tarif différencié en vaut encore la chandelle.




