En mars 2026, seules 14 offres de gaz sur 37 intègrent une part de biogaz, de 5 à 100 %, sur le marché français, selon jechange.fr. Et derrière ce chiffre, à peine deux fournisseurs tiennent une promesse claire de gaz 100 % français en circuit court : ilek et Alterna Énergie.
Un marché gazier sous tension, un biogaz encore marginal
Depuis le 1er mai 2026, le Prix repère de vente de gaz (PRVG) publié par la Commission de régulation de l’énergie, la CRE, a bondi de 15,4 % TTC en un mois. Le kilowattheure de gaz pour un usage chauffage est passé de 0,10415 € TTC en avril à 0,12558 € TTC en mai, selon une analyse publiée par Selectra. Dans ce paysage très tendu pour les ménages, les offres dites « vertes » ne pèsent encore qu’une fraction des volumes.

Selon jechange.fr en mars 2026, le marché compte 37 offres de gaz, dont 14 avec une part de biogaz. La part de biométhane dans ces offres va de 5 % à 100 %. Une offre sur trois environ affiche donc un “gaz vert”, mais la plupart ne couvrent qu’une petite fraction de la consommation réelle du client. Les fournisseurs se contentent souvent d’injecter du biométhane dans le réseau à hauteur des volumes contractualisés, le reste du gaz consommé restant du méthane fossile classique.
En parallèle, le cadre réglementaire pousse doucement le marché vers le biogaz. Depuis début 2026, un mécanisme de certificats de production de biogaz impose à tous les fournisseurs d’incorporer une part de biométhane dans leurs ventes. Le Monde rappelait au printemps 2026 que cette obligation ne représente pour l’instant qu’environ 0,4 % des volumes, avec une hausse prévue chaque année. On reste très loin d’un basculement massif.
Le décalage est donc net. Les prix du gaz augmentent vite, les obligations de biogaz progressent lentement, et le marketing « vert » des fournisseurs entretient parfois la confusion. Le cœur du sujet pour les agriculteurs français se situe là : qui achète réellement leur biométhane, sur quel volume et à quel prix ?
Qui finance vraiment le gaz vert issu des agriculteurs français ?
L’article de jechange.fr pose un constat sans détour : seuls deux fournisseurs assument encore en mars 2026 une promesse claire d’approvisionnement intégralement issu de producteurs français, avec un circuit court identifié. Il s’agit d’ilek et d’Alterna Énergie.
Ces deux acteurs se distinguent sur plusieurs points précis.

- Gaz 100 % français : ilek et Alterna Énergie s’engagent sur des volumes de biométhane entièrement produits en France. Ils achètent des garanties d’origine directement liées à des unités de méthanisation françaises, souvent agricoles, et les associent à leurs offres.
- Contrats en circuit court : ces fournisseurs contractualisent avec des producteurs identifiés, parfois à l’échelle d’un département ou d’une région. Pour le client final, le site de ilek, par exemple, affiche des fiches détaillant le lieu de production, le type de déchets utilisés et la puissance de l’installation. Alterna Énergie met en avant des partenariats avec des méthaniseurs agricoles soutenus par des collectivités locales.
- Promesse maintenue malgré la tension sur les garanties d’origine : la Cour des comptes, dans son rapport de mars 2025 sur le soutien au développement du biogaz, rappelle que le coût des garanties d’origine a augmenté avec la demande. Certains fournisseurs ont réduit la part de biogaz réel dans leurs offres ou ont basculé vers des promesses plus floues. Ilek et Alterna Énergie ont, à ce stade, maintenu un engagement de 100 % biogaz français sur certaines gammes, ce qui les place à part.
Face à eux, des acteurs plus gros comme ENGIE, TotalEnergies ou Eni commercialisent des offres « gaz vert » avec des pourcentages plus faibles, souvent 10 à 20 % de biométhane. Ces offres reposent sur des garanties d’origine qui peuvent provenir de différentes installations françaises, mais aussi d’unités européennes selon les périodes et les volumes disponibles. Le lien direct avec des agriculteurs français existe parfois, mais il est moins lisible pour le consommateur.
La tension vient aussi de l’obligation réglementaire. Les certificats de production de biogaz forcent tous les fournisseurs à acheter un minimum de biométhane, ce qui crée une concurrence sur un volume encore restreint. Les unités agricoles vendent donc une partie de leur production à ces fournisseurs contraints par la loi, parfois via des appels d’offres agrégés, avec peu de visibilité locale.
Biogaz agricole : comment est rémunérée la production des fermes ?
Le biogaz agricole repose sur des méthaniseurs qui digèrent des effluents d’élevage, des résidus de cultures, parfois des déchets agroalimentaires. Le biométhane purifié est injecté dans le réseau gazier. La Cour des comptes rappelait en 2025 que la France comptait alors plus de 1 500 installations de méthanisation, dont une large majorité liées à l’agriculture, pour une production annuelle autour de 10 TWh. Cela représente à peine 2 à 3 % de la consommation nationale de gaz.

Historiquement, ces projets ont bénéficié de tarifs d’achat garantis financés par la contribution climat-énergie et la fiscalité sur l’énergie. L’État garantissait pendant 15 à 20 ans un prix d’achat du biométhane, souvent largement supérieur au prix de gros du gaz fossile. La Cour des comptes évaluait à plusieurs milliards d’euros le coût cumulé du soutien public au biogaz sur la décennie 2010-2020.
Depuis quelques années, les nouveaux projets passent davantage par des compléments de rémunération indexés sur le marché, avec un plafond. Les agriculteurs doivent donc boucler leurs plans d’affaires avec une part croissante de recettes issues du marché, soit par vente directe à des fournisseurs comme ilek ou Alterna Énergie, soit via des contrats plus standardisés. Le rapport du Sénat sur la méthanisation de 2021 signalait déjà cette inflexion, avec un recentrage progressif des aides.
Le prix final payé aux agriculteurs dépend alors de plusieurs leviers :
- la taille de l’installation et la puissance installée, qui jouent sur les coûts fixes,
- le type de matières utilisées, certaines plus chères à collecter que d’autres,
- la durée et le niveau du contrat d’achat avec le fournisseur ou le réseau, parfois indexé sur les prix de marché.
Pour les agriculteurs, la vente du digestat comme fertilisant réduit aussi leurs charges en engrais minéraux. L’Ademe chiffre depuis plusieurs années cet effet comme un pilier de l’équilibre économique des unités agricoles. Le biométhane ne paie pas tout, le remplacement d’engrais de synthèse joue un rôle direct sur la marge de l’exploitation.
Les fournisseurs qui se positionnent sur le gaz vert local se retrouvent donc à arbitrer entre plusieurs contraintes : coût d’achat du biométhane, prix de vente acceptable pour les ménages déjà frappés par la hausse du gaz, et concurrence des offres « partiellement vertes » des grands énergéticiens.
Consommateur : comment distinguer une offre qui soutient vraiment les agriculteurs ?
Sur le marché, la confusion vient souvent de deux points : le vocabulaire marketing et l’opacité sur l’origine du biométhane. Le mot « vert » recouvre des réalités très différentes.
- Part exacte de biogaz : une offre « gaz vert 10 % » signifie qu’au moins 10 % de la consommation du client est couverte par des garanties d’origine de biométhane. 90 % du gaz reste d’origine fossile. Une offre 100 % biogaz, comme celles mises en avant par ilek ou Alterna Énergie, couvre la totalité de la consommation par du biométhane garanti.
- Origine géographique : certaines offres affichent clairement « biogaz français », d’autres se contentent de « biogaz européen » ou ne précisent pas. Un gaz vert d’origine française soutient directement des unités de méthanisation locales, souvent agricoles. Les sites de ilek et Alterna Énergie détaillent des projets français identifiés. D’autres fournisseurs restent plus flous.
- Type de production : le biométhane peut venir d’installations agricoles, de stations d’épuration ou de centres de stockage de déchets. Pour un consommateur qui cherche à soutenir les agriculteurs, ce détail compte. Les fiches projets, quand elles existent, mentionnent le type de gisement : effluents d’élevage, résidus de cultures, etc.
- Impact sur la facture : une offre 100 % biogaz français reste plus chère qu’une offre standard indexée sur le PRVG. Avec un kWh de référence à 0,12558 € TTC en mai 2026, une offre très verte dépasse souvent ce niveau. Certains consommateurs acceptent ce surcoût pour soutenir la filière. D’autres préfèrent une part de biogaz moindre mais un prix plus proche du repère CRE.
Les comparateurs spécialisés affichent désormais des filtres « biogaz » ou « gaz vert ». Jechange.fr, Selectra ou prix-elec.com recensent plus de 30 fournisseurs de gaz actifs en 2026 et distinguent les offres avec biogaz. L’utilisateur doit néanmoins creuser, car la présence d’un logo « vert » ou d’un label ne suffit pas. La part réelle de biométhane, l’origine française garantie et l’existence de partenariats directs avec des agriculteurs sont les trois critères clés.
Le contexte énergétique général renforce cette vigilance. Quand le prix du gaz fossile explose, une offre verte trop chère peut vite apparaître comme un luxe. L’éditorial de jechange.fr sur ces offres rappelle que les ménages arbitrent désormais chaque kWh. Dans ce cadre, un discours qui promet un soutien massif aux agriculteurs, mais ne couvre que 5 % de la consommation en biométhane, frôle l’argumentaire trompeur.
Souveraineté énergétique, météo et discours public : un gaz vert pris entre plusieurs feux
Dans l’Orne, département présenté comme un champion du gaz vert, Le Monde décrivait en mars 2026 un territoire où le biométhane « apporte un peu de souveraineté énergétique ». Des communes alimentent une part de leur consommation par du biogaz local, avec un lien visible entre les fermes méthanisatrices et les habitants. Ce type de récit séduit les élus qui cherchent à ancrer l’énergie dans les territoires.

Sur le terrain, les agriculteurs jonglent avec plusieurs incertitudes. Le prix des matières premières alimentaires, les contraintes environnementales sur les épandages, le coût de l’électricité pour faire tourner les installations et les évolutions de la réglementation sur les déchets. La Cour des comptes a pointé en 2025 une « fragilité économique » de certains projets, en particulier les petites unités agricoles sans mutualisation.
À cette équation s’ajoute un facteur moins technique mais bien réel : la météo. L’article « mars annonce glacial êtes » publié sur le site évoque la possibilité de gelées tardives et de besoins de chauffage prolongés au printemps. Un mois de mars très froid fait grimper la consommation de gaz de plusieurs TWh à l’échelle nationale. Dans ce type de situation, le biométhane agricole reste marginal face à la demande, même dans les régions équipées. Les fournisseurs doivent alors arbitrer entre volumes verts limités et volume fossile importé, tout en maintenant leurs promesses commerciales.
Le discours public sur le climat et l’énergie ajoute une pression supplémentaire. Les pouvoirs publics fixent pour 2030 des objectifs de montée en puissance du biogaz de l’ordre de 14 à 20 % du gaz consommé, selon les scénarios de RTE et du ministère de la Transition énergétique. Pour tenir ces trajectoires, il faudrait multiplier les installations, renforcer le soutien financier et sécuriser l’acceptabilité locale, sujet sensible dans plusieurs départements où des projets de méthanisation ont suscité des oppositions, parfois vives.
Dans ce débat, le rôle des fournisseurs « militants » comme Enercoop sur l’électricité sert souvent de référence. Enercoop vend une électricité 100 % renouvelable et française, via des coopératives régionales qui contractualisent directement avec des producteurs. Sur le gaz, ilek et Alterna Énergie occupent une place comparable, mais sur un marché encore plus dominé par le fossile. La marche reste haute.
Vers 2026-2030 : quelle place réelle pour les agriculteurs dans la filière gaz vert ?
Les prochaines années vont trancher une question simple : les agriculteurs resteront-ils au cœur de la filière gaz vert française, ou le biométhane deviendra-t-il un produit de marché parmi d’autres, capté par les grands énergéticiens ?
Plusieurs signaux pointent vers une consolidation :
- Montée progressive des obligations : le mécanisme de certificats de production de biogaz impose à tous les fournisseurs d’acheter une part de plus en plus élevée de biométhane. Cela sécurise une demande de long terme, mais via des canaux plus standardisés, comme des enchères ou des plateformes intermédiées.
- Rationalisation des aides : la Cour des comptes recommande un ciblage plus serré du soutien public, avec un appui prioritaire aux projets qui valorisent les déchets agricoles locaux et réduisent clairement les émissions. Les projets les plus fragiles risquent de ne plus passer les filtres financiers.
- Professionnalisation des acteurs : on voit émerger des développeurs spécialisés qui montent des projets clés en main pour les agriculteurs, puis vendent le biométhane à des fournisseurs via des contrats de long terme. L’agriculteur garde un rôle d’apporteur de gisement et d’exploitant, mais la négociation énergétique passe par des intermédiaires.
Face à cette tendance, les offres de gaz 100 % français en circuit court servent de contrepoids. Un client qui choisit une offre ilek ou Alterna Énergie envoie un signal clair au marché : il accepte un prix du kWh plus élevé pour financer des agriculteurs identifiés, sur des projets locaux. Si ce segment reste minoritaire, il ancre néanmoins une exigence de transparence qui rejaillit sur l’ensemble du secteur.
La question rejoint d’autres débats que nous suivons de près, comme l’impact d’un mois où « mars annonce glacial êtes » sur les besoins de chauffage ou l’évolution des dispositifs de soutien aux ménages face à la hausse de l’énergie. Le gaz vert agricole n’est pas un gadget de communication. C’est un levier concret de revenus pour les fermes et de réduction des importations de gaz fossile, à condition que les offres commerciales s’alignent avec la réalité des volumes achetés.
Pour un lecteur averti, la grille de lecture reste simple. Une offre « gaz vert » n’a de valeur que si elle coche trois cases : part de biométhane élevée, origine française clairement tracée, lien vérifiable avec des producteurs, en particulier agricoles. En mars 2026, seule une poignée d’acteurs respecte pleinement ce triptyque. Les agriculteurs, eux, n’ont pas besoin de slogans. Ils ont besoin de contrats solides, lisibles et ancrés dans la durée.


![La menace iranienne a déjà fait bouger le gaz en France, avec un prix de gros qui a bondi de **plus de 81 %** entre mars et avril 2026 selon JeChange, dans un marché secoué par la guerre au Moyen-Orient. Le prix repère de vente du gaz a ensuite reculé de **4,8 %** au 1er juin, à **152,86 €/MWh TTC**, après une hausse de **15,4 %** au 1er mai décidée par la CRE. [5][4] Euro coins and bills on a price list, symbolizing finance and economy.](https://www.commentaider.fr/wp-content/uploads/2026/06/pexels-photo-10356910-1-450x300.png)

