21 décembre 2021 : la date où ING a décidé de couper le courant en France
Le 21 décembre 2021, ING annonce officiellement qu’elle mettra fin à ses activités de banque de détail en France. Après vingt ans de présence, la première banque en ligne de l’Hexagone jette l’éponge. L’annonce tombe dans un communiqué relayé par Reuters, l’AFP, puis par l’ensemble de la presse économique. Le chiffre clé est brutal : 460 suppressions de postes en France et une cession en bloc du portefeuille de clients.
Le lien que vous citez, publié par JeChange, s’inscrit dans cette séquence d’annonces et de décryptages qui tombe en rafale fin 2021 et début 2022. Au même moment, le groupe précise qu’il conserve uniquement ses activités de Wholesale Banking dans le pays, c’est-à-dire le financement et l’investissement pour grandes entreprises et institutionnels. La banque de détail en ligne, le cœur historique d’ING Direct, disparaît du marché français.
L’histoire ne s’arrête pas à une simple annonce de fermeture. Elle touche des centaines de salariés, des centaines de milliers de clients, des concurrents à l’affût et un marché de la banque en ligne arrivé à maturité. Le dossier ING sert de cas d’école : à quel moment un acteur pionnier perd la main, et comment un retrait se gère concrètement, produit par produit, client par client.
Pour comprendre ce départ, il faut revenir sur le modèle économique d’ING en France, sur la mécanique des taux bas, sur la guerre commerciale déclenchée par Boursorama, Hello bank! et les autres, et sur la façon dont ING a orchestré, puis vendu, la sortie de route.
Vingt ans de présence : ce que ING avait construit en France
Quand ING Direct débarque en France en 2000, l’idée est claire : casser le modèle de l’agence de quartier, pousser le client vers le téléphone puis Internet et payer son épargne plus cher que les livrets bancaires classiques. À l’époque, le Livret A est géré physiquement au guichet, l’ouverture en ligne reste marginale, et les frais bancaires augmentent chaque année.

ING arrive avec deux atouts très concrets :
- Un livret d’épargne très bien rémunéré par rapport au marché, avec des taux promotionnels agressifs au démarrage et une gestion 100 % à distance.
- Une marque simple, sans réseau d’agences, avec des coûts fixes plus faibles que les grandes banques de détail françaises.
Rapidement, la banque étend sa gamme : compte courant, carte bancaire, crédit immobilier, assurance vie. Le compte courant arrive en 2009 puis monte en puissance dans la décennie 2010. ING communique alors sur près de 1 million de clients en France. La banque s’adresse surtout à des profils urbains, connectés, à revenu plutôt confortable, qui cherchent des frais bancaires bas et une interface web claire.
Le modèle repose sur un arbitrage simple. L’épargne à vue et l’épargne sur livrets coûtent moins cher à la banque que les dépôts dans une agence classique, car la structure est plus légère. La marge se fait sur la transformation : la banque rémunère les dépôts à un certain taux, les prête à un taux supérieur, et empoche l’écart, ce que les financiers appellent la marge d’intérêts. Tant que les taux directeurs restent positifs, le schéma tient.
ING a aussi investi sur l’expérience numérique, avec une application plutôt en avance au début des années 2010. L’interface fait partie des plus claires du marché, avec un focus sur le livret et le compte courant. Dans ce paysage, ING passe longtemps pour un acteur solide, adossé à un groupe néerlandais robuste, supervisé par la Banque centrale européenne.
Taux bas, guerre des primes et pertes récurrentes : les raisons économiques du retrait
Le discours officiel d’ING, relayé par la presse et détaillé par des sites comme Presse-citron ou Anytime, tient en une phrase : « difficultés liées au contexte économique actuel ». Dit comme cela, c’est flou. Quand on regarde les chiffres, l’image est nettement plus tranchée.
ING cite trois facteurs précis pour justifier sa sortie de la banque de détail en France :
- La faiblesse durable des taux d’intérêts, qui écrase la marge d’intermédiation sur l’épargne et les crédits.
- Des résultats financiers négatifs sur plusieurs exercices pour la branche française de banque en ligne.
- Une part de marché limitée par rapport aux grandes banques de détail et aux néobanques en pleine expansion.
En zone euro, la BCE a abaissé son taux de dépôt en territoire négatif en 2014, puis l’a maintenu sous zéro jusqu’en 2022. Pendant des années, les banques doivent payer pour placer leurs excédents de liquidités à la BCE. Un modèle qui repose largement sur l’épargne de particuliers devient étouffant. Soit la banque baisse fortement la rémunération de ses livrets, au risque de rendre son produit d’appel moins attractif, soit elle accepte de rogner sa marge. ING a pris de plein fouet cette contrainte, comme la plupart des banques en ligne centrées sur l’épargne.
Parallèlement, le marché français s’enflamme. Boursorama Banque, filiale de Société Générale, enclenche une guerre commerciale agressive à partir du milieu des années 2010. Primes à l’ouverture, carte gratuite, parrainage massif. Boursorama revendique 3,3 millions de clients fin 2021 puis vise 5 millions à horizon 2025 selon les communiqués de Société Générale. Le coût d’acquisition d’un client explose pour tout le secteur. ING ne suit pas le même niveau de dépenses marketing.
En parallèle, Orange Bank arrive en 2017, Hello bank! monte en puissance sous la houlette de BNP Paribas, Fortuneo (Crédit Mutuel Arkéa) continue son développement. Les nouveaux entrants comme Revolut et N26, supervisés dans d’autres pays européens, offrent des comptes au design très soigné, des cartes haut de gamme à faible coût, et captent l’attention des jeunes actifs. Le gâteau ne grossit pas au rythme de l’offre. ING reste sur une base d’environ 600 000 à 1 million de clients selon les sources, loin derrière Boursorama.
Dans une note d’analyse relayée fin 2021, ING mentionne des « résultats négatifs » pour sa banque en ligne française sur plusieurs années. Le groupe n’entre pas dans le détail, mais plusieurs médias, comme Les Echos, évoquent une activité durablement dans le rouge. Dans ces conditions, le siège à Amsterdam lance dès juin 2021 une revue stratégique de la banque de détail en France, en Autriche et en République tchèque. Les trois pays sortent du périmètre au même moment. Le diagnostic est simple : trop peu de volume, trop de pression sur les marges, trop de concurrence locale.
Un PSE lourd et un portefeuille de clients vendu à Boursorama
Sur le terrain, la décision d’ING se traduit par deux chantiers distincts : la gestion sociale en interne et la cession des clients à un concurrent. Le plan social frappe fort. ING annonce un PSE portant sur environ 460 postes en France. Les syndicats parlent d’un choc pour des équipes spécialisées dans la banque en ligne, souvent avec une expertise rare en relation client digitale.

Les discussions avec d’éventuels repreneurs pour le portefeuille de clients s’ouvrent dès la fin 2021. Plusieurs noms circulent. Selon Anytime et Presse-citron, trois banques restent en lice à la fin : Crédit Mutuel Arkéa (via Fortuneo), Crédit Mutuel Alliance Fédérale (via Monabanq ou une autre entité) et Société Générale via Boursorama. L’objectif d’ING est clair : transférer un maximum de clients, avec une offre de migration simplifiée, contre rémunération du repreneur.
Le 20 janvier 2022, ING et Boursorama annoncent la signature d’un protocole pour la reprise de la clientèle de banque de détail d’ING en France. Boursorama devient le « partenaire privilégié » pour accueillir ces clients. La banque de Société Générale parle d’un potentiel de plusieurs centaines de milliers de comptes, même si tous les clients ING n’accepteront pas la migration automatique.

Les contours de l’accord sont précis :
- Boursorama propose une ouverture simplifiée aux clients ING, avec transfert possible de certaines données et produits.
- Des primes d’accueil spécifiques ciblent les ex-clients ING : jusqu’à plusieurs centaines d’euros selon les opérations relayées en 2022.
- Les produits qui n’ont pas d’équivalent ou ne peuvent pas se transférer sont clôturés, avec restitution des fonds au client.
Dans une interview citée par Presse-citron, Benoît Grisoni, directeur général de Boursorama Banque, explique que Boursorama « récupérera probablement, quelle que soit l’issue de ce dossier, des clients ». Autrement dit, même hors accord global, ING aurait de toute façon vu une partie de sa clientèle migrer spontanément vers Boursorama ou d’autres banques en ligne.
Sur le plan social, le PSE se négocie durant plusieurs mois avec les représentants du personnel. Le contenu exact des mesures de départ reste encadré par le droit français, avec plans de reclassement, primes de départ, accompagnement à la reconversion. L’épisode rappelle que derrière la façade digitale d’une banque en ligne, il y a des centres d’appels, des équipes de conformité, de risque, de marketing, installées sur le territoire français et soumises à la même fragilité que n’importe quelle activité de service.
Produits ING : ce qui se ferme, ce qui se transfère, ce qui a posé problème
Pour un client, la question est très simple : « Qu’advient-il de mon compte, de mon livret, de mon crédit ? ». Le site JeChange, comme d’autres comparateurs, a détaillé les étapes et les délais pour chaque produit. La situation varie selon la nature du contrat et la date.
Compte courant et cartes bancaires
ING a cessé d’ouvrir de nouveaux comptes courants en 2021. Pour les clients existants, l’offre de migration vers Boursorama a prévu :
- Une ouverture de compte Boursorama en ligne, avec un formulaire allégé pour les clients ING.
- Une nouvelle carte bancaire (Visa Classic, Ultim, etc.), avec conditions de revenu ou d’usage.
- La mise en place d’un service de mobilité bancaire pour transférer les virements récurrents et prélèvements, comme le prévoit la loi Macron.
Les comptes ING qui n’ont pas été migrés ont été progressivement clôturés, après information des clients et restitution des avoirs. Les clients doivent vérifier qu’aucun prélèvement essentiel (loyer, énergie, téléphonie) ne reste attaché à l’IBAN ING, sous peine de rejet et de frais chez le créancier.
Livret d’épargne et compte à terme
Le Livret ING, produit d’appel historique, a suivi la même logique. Les fonds restent sécurisés tant que le compte est ouvert, mais le produit n’existe plus en tant que tel à terme. Boursorama propose en contrepartie son Livret Bourso+ ou ses autres livrets réglementés (Livret A, LDDS), avec une rémunération indexée sur les seuils fixés par l’État ou sur les décisions internes de Boursorama.
Pour les comptes à terme, les règles de droit bancaire imposent le respect des échéances, sauf remboursement anticipé selon des conditions prévues par le contrat. ING a communiqué sur les dates limites et les modalités de restitution des fonds, avec courrier et messages dans l’espace client.
Crédits immobiliers et autres prêts
Le cas des crédits immobiliers est plus encadré juridiquement. Un crédit en cours ne s’éteint pas parce que la banque se retire de la distribution sur un pays. Le contrat continue, avec les mêmes taux et conditions, sauf opération spécifique de rachat ou de transfert du portefeuille de crédits vers une autre entité du groupe ou un tiers.
ING reste créancier sur ces prêts, ou les cède en bloc selon les schémas de refinancement classiques, sans impact pour le client sur le taux nominal. Le service client change parfois de point de contact, mais les droits du consommateur restent inchangés. L’assurance emprunteur suit également les clauses des contrats, avec la possibilité de résilier et de changer d’assurance comme le prévoit la loi Lemoine entrée en vigueur en 2022.
Assurance vie et placements
Les contrats d’assurance vie ING sont gérés par des assureurs partenaires. ING agit comme distributeur. Dans ce cas, la fermeture de la banque en ligne ne supprime pas le contrat d’assurance vie. Le client garde son contrat auprès de l’assureur, avec la possibilité de continuer les versements selon les dispositions prévues.
Les comparateurs comme JeChange ont insisté sur ce point : fermer son compte courant ING ne signifie pas perdre son contrat d’assurance vie ou ses unités de compte. Le suivi se fait via un nouvel accès fourni par l’assureur ou par un autre distributeur, selon les opérations de transfert décidées en coulisse.
Ce que la sortie d’ING dit du marché français de la banque en ligne
Le retrait d’ING ne relève pas d’un caprice isolé. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de consolidation de la banque en ligne en Europe. Le groupe néerlandais a fermé ou réduit ses activités de détail dans plusieurs pays où l’échelle n’atteignait pas un seuil jugé satisfaisant. La France en fait partie, avec la République tchèque et l’Autriche.
Sur le marché français, plusieurs signaux se lisent en filigrane :
- Le modèle 100 % en ligne ne suffit plus. Avoir une bonne application et une carte gratuite ne garantit pas la rentabilité. Il faut un volume massif de clients, plusieurs millions, pour absorber les coûts de conformité, de cybersécurité, de marketing.
- Les acteurs adossés à de grands groupes français dominent. Boursorama (Société Générale), Hello bank! (BNP Paribas), Fortuneo (Crédit Mutuel Arkéa) et Monabanq (Crédit Mutuel Alliance Fédérale) disposent de bilans solides, de synergies de refinancement et de cross-sell avec les réseaux physiques.
- Les néobanques étrangères ciblent des niches. Revolut, N26 ou Wise se concentrent sur les paiements internationaux, les voyageurs, les freelances, avec des modèles orientés commissions plutôt qu’épargne.
ING arrive en fin de cycle au moment où la concurrence se structure. Le pionnier devient un acteur médian, ni assez agressif sur la conquête, ni assez intégré à un réseau français pour compenser les pertes. La fermeture illustre une réalité froide : la banque en ligne n’est pas un eldorado durable si la base clients plafonne et si le coût de l’argent se tend.
On peut y voir aussi une forme de recentrage géographique. ING garde des positions fortes sur des marchés domestiques ou proches, comme les Pays-Bas, l’Allemagne ou la Belgique, où la marque est plus connue et la part de marché plus solide. La France, très bancarisée, avec une culture forte de la relation de proximité et un tissu de caisses régionales, n’a pas offert le même terrain de jeu à long terme.
Conséquences concrètes pour les clients français : risques, opportunités, pièges
Pour les clients ING, le départ de la banque ne se résume pas à un changement de logo sur une carte. Chaque cas demande une vérification ligne par ligne des produits détenus. Les sites spécialisés comme JeChange, MoneyVox ou Que Choisir ont listé les points de vigilance lors de la migration.

Frais bancaires et conditions des nouvelles offres
Un client ING pouvait profiter d’une carte bancaire gratuite sous conditions d’usage ou de revenu, avec peu de frais de tenue de compte. En migrant vers Boursorama ou une autre banque, il doit comparer :
- Les conditions exactes de gratuité de la carte (plafond de revenus, montant minimal de paiements mensuels).
- Les frais en cas d’inactivité, de retraits à l’étranger, ou de découvert non autorisé.
- La présence ou non de frais de tenue de compte, encore facturés par plusieurs réseaux traditionnels.
Un client qui se contente d’accepter la migration proposée sans vérifier ces points peut se retrouver avec des frais supérieurs à ceux d’ING, surtout s’il utilise peu son compte mais garde une carte haut de gamme.
Service client et qualité de l’appli
ING avait une base de clients relativement fidèle sur son expérience utilisateur. Les notes d’application sur les stores Android et iOS figuraient parmi les bonnes du secteur. Migrer vers une autre banque impose de s’adapter à une interface différente, à des menus parfois plus chargés, à une logique de sécurité renforcée avec authentification forte.
Le service client change aussi de culture. Temps d’attente au téléphone, disponibilité de chat ou de messagerie sécurisée, amplitude horaire, tout cela influence la satisfaction. Boursorama, par exemple, fonctionne largement par messagerie en ligne, avec moins d’interactions téléphoniques que certaines banques traditionnelles.
Crédits en cours et projets futurs
Les titulaires de crédits immobiliers chez ING continuent de rembourser leur prêt aux conditions fixées. Le départ d’ING ne donne pas le droit de renégocier le taux ou de forcer un rachat gratuit. En revanche, certains clients peuvent profiter de la situation pour faire racheter leur crédit par une autre banque, si les conditions de marché s’y prêtent. En 2022, la remontée des taux a toutefois réduit cette fenêtre.
Pour des projets futurs, un client ING doit reprendre un dossier à zéro ailleurs. Les banques traditionnelles restent sensibles à la domiciliation des revenus et à la relation globale. Un ex-client ING qui arrive chez Boursorama avec plusieurs produits (compte, livret, assurance vie) présente souvent un profil attractif pour un crédit. Ce transfert de valeur fait partie du calcul de Boursorama lorsqu’elle accepte de reprendre une base importante de clients ING.
Données personnelles et historique bancaire
La cession du portefeuille à Boursorama pose une question de données. ING transfère une partie des informations clients sous réserve d’accord contractuel et de respect du RGPD. Le client garde certains droits :
- Droit d’opposition à certains transferts, qui peut limiter la pré-remplissage des formulaires.
- Droit d’accès et de rectification de ses données chez le repreneur.
- Droit à l’effacement dans certaines limites légales.
L’historique de compte (anciens relevés, opérations passées) reste accessible sur une période définie par ING, souvent plusieurs années. Il est prudent de télécharger ses relevés PDF avant la clôture définitive de l’espace client, pour conserver des preuves en cas de litige futur avec un bailleur, un fournisseur ou l’administration fiscale.
Ce que les autres banques en ligne ont appris d’ING
Le retrait d’ING en France fonctionne comme un avertissement pour les autres acteurs purement digitaux qui n’ont pas atteint une grande échelle. Plusieurs tendances se dessinent en filigrane dans les stratégies adoptées depuis 2022.
D’abord, la recherche de volume. Boursorama affiche une trajectoire de croissance très offensive, avec un objectif de plusieurs millions de clients, quitte à sacrifier une partie de sa rentabilité à court terme. Les dirigeants de Société Générale l’assument, en expliquant que la banque de détail de demain sera en grande partie digitale.
Ensuite, la diversification des sources de revenus. Les banques en ligne qui misent uniquement sur l’épargne et les cartes classiques se retrouvent exposées aux mêmes chocs de taux que ING. Beaucoup poussent fortement l’assurance vie, les unités de compte, les services de bourse, les offres de crédit, pour générer des commissions et des marges plus variées. Fortuneo, par exemple, communique largement sur la bourse en ligne et les ETF. Hello bank! s’appuie sur les produits BNP Paribas pour élargir la palette.
Enfin, la question de la relation avec un groupe bancaire de référence reste centrale. ING, en France, ne bénéficiait pas des mêmes synergies qu’une filiale intégrée dans un groupe français. Le groupe néerlandais a arbitré entre plusieurs pays et a coupé ceux où la taille ne justifiait pas l’effort. Un acteur comme Monabanq, adossé au Crédit Mutuel, profite d’une logique différente : complémentarité avec un réseau mutualiste, flux de clients internes, offres packagées avec d’autres services.
Pour les néobanques non bancaires au départ, comme Revolut ou Lydia, le message est aussi limpide : la rentabilité doit arriver plus vite que chez les pionniers. La baisse des taux a longtemps servi de carburant aux fintechs. La remontée rapide des taux à partir de 2022 change la donne. Le coût du capital augmente, les investisseurs demandent des trajectoires plus disciplinées. ING illustre ce changement de cycle.
Une conclusion sans nostalgie : ING a ouvert une porte, d’autres l’ont refermée
ING a introduit la banque en ligne grand public en France au début des années 2000. La banque a montré qu’on pouvait gérer un livret, un compte, puis un crédit sans jamais pousser la porte d’une agence. Elle a formé, sans exagération, une génération entière de clients à l’idée qu’un RIB s’obtient en quelques clics et qu’un relevé ne se range pas dans un classeur.
Vingt ans plus tard, le pionnier quitte la scène française, victime d’un modèle économique comprimé par les taux bas, une conquête clients trop modeste et une guerre commerciale féroce menée par des concurrents mieux armés. Le PSE de 460 postes rappelle que la banque en ligne ne flotte pas dans un nuage virtuel. Elle repose sur des emplois bien réels, soumis aux mêmes chocs que l’industrie ou le commerce.
Pour les clients, le départ d’ING a créé une contrainte à court terme, mais aussi une occasion de remettre à plat leur équipement bancaire. Certains ont accepté la migration vers Boursorama. D’autres ont profité de l’événement pour comparer à froid l’ensemble du marché, entre banques en ligne, néobanques et établissements traditionnels. Les comparateurs comme JeChange ont trouvé là un terrain d’analyse très concret, avec des offres de reprise en cascade.
Le cas ING, au fond, acte un basculement. La banque en ligne n’est plus un gadget ni une niche. C’est le cœur de la relation bancaire pour une partie croissante de la population. Les acteurs qui dominent aujourd’hui ne le doivent pas à une avance technologique spectaculaire, mais à un mélange de taille critique, de soutien d’un grand groupe, et de discipline sur les coûts. ING a ouvert la voie, d’autres l’exploitent désormais. Le marché français a perdu un logo orange, il a gagné une leçon brutale sur les conditions réelles de survie d’une banque en ligne.




