Janvier 1972. Tandis que David Bowie sortait The Rise and Fall of Ziggy Stardust, la France découvrait sa propre star. Pas sur scène, mais dans les showrooms Renault. La R5 venait de naître, et personne n’imaginait qu’elle allait bouleverser l’automobile française pendant plus d’une décennie.
Aujourd’hui, cinquante ans après sa création, cette « Supercar » comme l’appelaient les publicitaires continue de faire rêver. Mais posséder une R5 en 2025, c’est accepter un défi : trouver les pièces détachées pour maintenir en vie cette légende des routes françaises.
L’essentiel à retenir
- Production : 1972-1984, près de 6 millions d’exemplaires vendus
- Record : Voiture la plus vendue en France pendant 10 ans consécutifs
- Pièces détachées : Disponibles via spécialistes, clubs et plateformes dédiées
- Conseil clé : Privilégier les pièces d’origine ou adaptables certifiées
- Budget : Compter 200€ à 2000€ selon la complexité de la restauration
Quand la France tombait amoureuse de sa « Supercar »
L’histoire commence réellement en 1968, dans les bureaux d’études de Billancourt. Les premières esquisses du projet 122 voient le jour. Michel Boué, le designer, imagine une citadine révolutionnaire : compacte, pratique, mais surtout désirable. Un pari audacieux à l’époque où les voitures populaires rimaient avec austérité.
Le 28 janvier 1972, la R5 est officiellement présentée au public. Son design révolutionnaire frappe les esprits : portes sans poignées apparentes, hayon qui s’ouvre jusqu’au pare-chocs, plastiques colorés. Cette innovation sera d’ailleurs massivement copiée par la concurrence dans les années suivantes.
La gamme de lancement propose deux versions : la L avec son moteur 783 cm³ de 33,5 chevaux, et la TL équipée du 956 cm³ développant 47 chevaux. Cette dernière se distingue par ses freins à disque avant et peut atteindre les 135 km/h – un record pour une citadine de l’époque.
L’évolution d’une icône : des versions qui marquent l’histoire
En 1974, Renault frappe fort avec la LS et son moteur 1.289 cm³ de 64 chevaux. Cette version haut de gamme propose un équipement plus complet : planche de bord raffinée, freinage assisté, compte-tours. Elle peut même recevoir des bandes latérales et l’autocollant « LS » distinctif.
L’année 1975 voit naître la TS, qui remplace la LS avec des innovations marquantes : sièges à appui-tête, ceintures à enrouleur, console centrale modernisée. La R5 s’affirme comme une voiture de son temps, intégrant les nouvelles normes de sécurité.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1980, la R5 représente 16% du marché français des voitures neuves. De 1974 à 1983, elle reste incontestablement la voiture la plus vendue en France. Sa seule concurrente directe, la Peugeot 104, ne parviendra jamais à l’inquiéter sérieusement.
| Version | Période | Moteur | Puissance | Particularités |
|---|---|---|---|---|
| R5 L | 1972-1984 | 783 cm³ | 33,5 ch | Version d’entrée de gamme |
| R5 TL | 1972-1984 | 956 cm³ | 47 ch | Freins à disque, roues crevées |
| R5 LS | 1974-1975 | 1.289 cm³ | 64 ch | Freinage assisté, compte-tours |
| R5 TS | 1975-1984 | 1.289 cm³ | 64 ch | Sièges appui-tête, console moderne |
La chasse aux pièces : un défi pour les passionnés
Posséder une R5 aujourd’hui, c’est entrer dans une communauté de passionnés qui partagent un défi commun : maintenir leur icône en vie. Avec des voitures âgées de 40 à 50 ans, la quête des pièces détachées devient un art à part entière.
La bonne nouvelle ? Contrairement à d’autres modèles anciens, la R5 bénéficie encore d’un écosystème de pièces relativement fourni. Sa popularité exceptionnelle et sa production massive ont créé un marché de l’occasion dynamique et des spécialistes dédiés.
Les spécialistes incontournables
Plusieurs enseignes se sont spécialisées dans l’univers R5. Alépoc propose un catalogue complet : pièces moteurs, carburation, carrosserie, électricité, freinage. Leur force ? Un stock considérable de pièces neuves pour tous les organes essentiels.
Arnaud Ventoux Pièces se distingue par son expertise sur les versions sportives, notamment les R5 Alpine Atmo et Turbo. Kit de distribution, échappements, amortisseurs, freinage : tout y est pour redonner vie aux versions les plus recherchées.
Les plateformes numériques : mine d’or ou piège ?
Internet a révolutionné la recherche de pièces détachées. eBay reste une référence avec sa sélection massive, mais attention aux contrefaçons. La règle d’or : toujours vérifier les évaluations du vendeur et demander l’authenticité des pièces.
Le Bon Coin offre des opportunités intéressantes, surtout pour les pièces de carrosserie ou les ensembles complets. Les particuliers y vendent souvent des lots à des prix très compétitifs, mais l’état peut être aléatoire.
Les forums spécialisés comme Renault-5.net constituent une mine d’informations. Les membres y partagent leurs bonnes adresses, leurs retours d’expérience et organisent parfois des achats groupés pour réduire les coûts.
Stratégies de restauration : optimiser ses investissements
Restaurer une R5 demande une approche méthodique. Priorisez la sécurité : freinage, direction, suspension. Ces éléments sont encore facilement trouvables et garantissent une conduite sereine.
Pour la mécanique, les moteurs Billancourt et Cléon qui équipaient la R5 partagent de nombreuses pièces avec d’autres modèles Renault de l’époque. Cette compatibilité élargit considérablement les possibilités de sourcing.
| Type de pièce | Disponibilité | Prix moyen | Conseil |
|---|---|---|---|
| Freinage | Excellente | 100-300€ | Privilégier les kits complets |
| Moteur | Bonne | 200-800€ | Vérifier compatibilité avec R4/R6 |
| Carrosserie | Variable | 50-500€ | Rechercher dans les casses spécialisées |
| Intérieur | Difficile | 150-600€ | Clubs de passionnés recommandés |
Les clubs et bourses : l’entraide avant tout
L’univers R5 reste marqué par une solidarité exceptionnelle entre passionnés. Les clubs locaux organisent régulièrement des bourses d’échange où l’on peut dénicher des pièces rares à prix d’ami.
Ces rassemblements ne se contentent pas de vendre : ils transmettent un savoir-faire. Les anciens partagent leurs astuces, leurs adresses secrètes, leurs techniques de restauration. Un réseau informel mais infiniment précieux pour qui veut maintenir sa R5 en parfait état.
Les réseaux sociaux ont démultiplié ces échanges. Les groupes Facebook dédiés comptent des milliers de membres actifs qui partagent photos, conseils et opportunités d’achat. Une communauté vivante qui perpétue l’esprit « Supercar ».
Renault Classic : quand le constructeur prend le relais
Depuis quelques années, Renault a lancé son programme Renault Classic, dédié au patrimoine de la marque. Si la R5 n’y figure pas encore officiellement, certaines pièces d’origine sont toujours disponibles via le réseau officiel.
Cette initiative témoigne de la reconnaissance du constructeur envers ses modèles historiques. Un signal encourageant pour les propriétaires de R5 qui pourraient bénéficier demain d’un support officiel renforcé.
En attendant, la plateforme Auxal s’impose comme une référence pour les pièces authentiques, proposant un large catalogue de composants d’origine et de pièces de rechange certifiées. Pour une approche plus institutionnelle, le site Automobile Magazine offre régulièrement des dossiers techniques sur l’entretien des véhicules anciens.
L’avenir de la légende
Paradoxe de l’histoire : au moment où les R5 d’origine deviennent plus difficiles à entretenir, Renault annonce le retour de l’icône. La nouvelle R5 électrique, attendue pour 2024, reprend les codes esthétiques de l’originale tout en promettant un prix accessible autour de 20 000€.
Cette renaissance pourrait relancer l’intérêt pour les modèles historiques. Les collectionneurs le savent : rien ne vaut l’authenticité d’une vraie R5 des années 70-80, avec ses bruits mécaniques, ses odeurs de carburant et cette sensation unique de conduire un morceau d’histoire automobile française.
La R5 de 1972 n’est pas qu’une voiture : c’est le symbole d’une époque où l’automobile française osait être différente, innovante, émotionnelle. Cinquante ans après, celles qui roulent encore portent en elles cette flamme particulière. Et grâce à l’ingéniosité de ses passionnés, cette flamme n’est pas près de s’éteindre.




