Une décision déjà actée : fin de l’option Base pour les puissances de 18 à 36 kVA
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a validé la fin de l’électricité « à volonté » pour les puissances élevées. Selon JeChange, l’option Base sera supprimée en février 2026 pour tous les compteurs réglés entre 18 et 36 kVA, qu’ils soient au tarif réglementé ou en offre de marché. Les contrats existants basculeront alors vers une tarification différenciée selon l’heure de consommation.
Ce segment de puissance ne concerne pas l’appartement moyen chauffé au gaz. Il vise des foyers gros consommateurs : grandes maisons tout-électrique, piscines chauffées, pompes à chaleur puissantes, bornes de recharge pour plusieurs véhicules électriques. Ces installations tirent des puissances de pointe élevées, qui saturent le réseau lors des périodes de froid. C’est là que l’option Base, avec un prix unique 24h/24, n’a plus la cote côté régulateur.

La CRE poursuit un objectif clair : pousser ces profils à déplacer une partie de leur consommation hors des périodes tendues sur le réseau. La mesure s’inscrit dans un mouvement plus large de tarification plus « signalante » : Tempo, heures creuses renforcées, jours rouges, etc. L’électricité offre tempo EDF joue déjà ce rôle pour des millions de foyers, avec des jours très chers en hiver qui incitent à décaler lave-linge, chauffe-eau ou recharge de voiture.
Pour les puissances inférieures à 18 kVA, l’option Base reste, pour l’instant, disponible. Mais la décision sur les 18-36 kVA donne un signal clair : l’ère de l’électricité au même prix de jour comme de nuit recule, surtout pour les usages intensifs.
HP/HC par défaut : un basculement automatique, pas neutre sur la facture
La CRE et les fournisseurs ne vont pas couper les compteurs en février 2026. Si les clients concernés ne font rien, leur contrat basculera automatiquement en Heures Pleines / Heures Creuses (HP/HC). Le principe est simple : le kWh devient moins cher pendant 8 heures de creux, mais plus cher le reste du temps. Selon Voltalis, il faut déplacer plus de 30 % de la consommation totale en heures creuses pour que cette option devienne intéressante financièrement.

Pour un foyer avec 36 kVA, piscine chauffée, plancher chauffant et deux véhicules électriques, cette barre des 30 % n’est pas acquise. Si la pompe à chaleur, le chauffage de piscine et la majorité des usages tournent en journée, la facture peut grimper. Voltalis cite des écarts pouvant atteindre +15 à +20 % sur l’année si le client ne change rien à ses habitudes et reste en HP/HC avec un profil très « heures pleines ».
L’enjeu se joue sur la capacité à piloter certains usages : chauffe-eau électrique, recharge de voiture, chauffage de piscine ou climatisation réversible. Ces appareils acceptent très bien un fonctionnement programmé la nuit, à condition d’avoir la bonne configuration de puissance et de gestion (contacteur heures creuses, programmateur, domotique simple). Un propriétaire qui ajuste ses réglages peut au contraire limiter la casse, voire stabiliser sa facture, à condition de passer franchement une part de sa consommation dans la fenêtre creuse.
Ce basculement forcé vers HP/HC crée aussi un tri entre foyers équipés et foyers « passifs ». Ceux qui installent un pilotage simple, comparable aux solutions d’effacement comme celles de Voltalis ou aux offres avec boîtiers connectés, ont une marge de manœuvre réelle. Ceux qui subissent leur installation sans réglage précis verront la hausse passer sans filtre.
Qui va payer plus cher, qui peut tirer son épingle du jeu ?
La suppression de l’option Base frappe surtout trois profils :
- Les grandes maisons tout-électrique mal réglées : chauffage, eau chaude, cuisson et parfois piscine dépendent du compteur 18 à 36 kVA, sans programmateur ni délestage. Consommation très concentrée le matin et le soir. En HP/HC, la part en heures pleines reste dominante, le surcoût est quasi mécanique.
- Les propriétaires de piscines chauffées : un chauffage de bassin électrique qui tourne en continu ou la journée peut exploser le ratio heures pleines. Le passage en HP/HC sans adaptation peut coûter plusieurs centaines d’euros de plus par an sur une maison déjà très énergivore.
- Les multi-équipés en véhicules électriques : deux voitures électriques qui chargent en rentrant du travail à 18 h saturent les heures pleines, surtout si la puissance de charge est élevée (7 à 11 kW par borne). Si la recharge ne se déplace pas la nuit, la facture gonfle.
Face à eux, certains profils peuvent réduire l’impact :
- Les foyers déjà habitués au pilotage : chauffe-eau en heures creuses, pompe à chaleur programmée, recharge des véhicules la nuit. Pour eux, la hausse liée au passage en HP/HC reste limitée, surtout si la part de conso nocturne dépasse les 40 %.
- Les ménages capables de revoir leur puissance : une maison équipée historiquement en 30 ou 36 kVA peut parfois descendre à 18 ou 12 kVA grâce à un délesteur et une gestion plus fine des postes. Une baisse de puissance réduit l’abonnement fixe, ce qui compense partiellement les prix horaires.
- Les foyers qui en profitent pour revoir leur contrat : la mesure de la CRE ne bloque pas le choix du fournisseur. Le médiateur national de l’énergie rappelle que chaque particulier peut changer d’offre d’électricité gratuitement, sans engagement et sans coupure. Un client peut utiliser un comparateur public, comme energie-info, pour repérer une offre HP/HC plus adaptée à son profil réel.
Cette bascule s’inscrit dans un mouvement plus large de refonte des factures d’énergie. Le gouvernement affiche un objectif de baisse des factures d’électricité en 2026, via une révision des taxes. Un amendement examiné au Sénat prévoit une baisse de 3 €/MWh de l’accise sur l’électricité, avec une hausse de 4,40 €/MWh sur le gaz. Effy calcule une baisse annuelle de 11 à 45 € pour l’électricité, mais une hausse de 10 à 70 € pour le gaz, selon le niveau de consommation. La suppression de l’option Base vient donc se superposer à ces ajustements fiscaux, avec des effets très différents selon que le foyer chauffe au gaz ou à l’électrique.
Comment préparer son installation à la fin de l’électricité « à volonté »
La pire position consiste à attendre février 2026 sans rien toucher. Un foyer équipé d’un compteur 18 à 36 kVA a intérêt à traiter le sujet dès maintenant, comme on se prépare à un changement de mode de calcul de retraite. L’idée est de reprendre le diagnostic complet de son installation électrique et de ses usages.
Premier point, connaître sa puissance, son option tarifaire actuelle et son profil de consommation. Les outils de suivi proposés par les fournisseurs, l’espace client Enedis pour les compteurs Linky et les relevés mensuels donnent un historique précis. Sur 12 mois, on voit vite si la consommation se concentre sur les plages 7 h-9 h et 18 h-21 h, ou si des postes lourds tournent déjà la nuit. Un audit rapide, même sans bureau d’études, suffit pour repérer les « gros moteurs » : chauffage électrique, pompe à chaleur, ballon d’eau chaude, piscine, recharge.

Deuxième point, organiser un basculement ciblé vers les heures creuses pour ces usages. Trois leviers concrets :

- Contacteur jour/nuit pour le chauffe-eau : c’est le classique. On force le ballon à se relancer uniquement pendant les heures creuses, en gardant un mode forcé ponctuel en cas de besoin. Un ballon de 200 à 300 litres se charge très bien la nuit pour couvrir la journée.
- Programmation de la recharge des véhicules électriques : presque toutes les bornes et voitures modernes disposent d’une programmation horaire. La consigne « début de charge à 22 h » devient un réflexe pour absorber 7 à 15 kWh par nuit en heures creuses plutôt qu’en pleine pointe du soir.
- Pilotage du chauffage et de la piscine : les pompes à chaleur modernes acceptent des consignes de température et des plages horaires. On peut légèrement surchauffer le volume en fin de nuit puis laisser retomber doucement en journée. Pour un chauffage de piscine, plusieurs degrés peuvent se gagner la nuit en évitant le plein régime en fin d’après-midi.
Troisième point, revoir la puissance du compteur. Beaucoup de maisons anciennes ou de rénovations successives ont fini en 30 ou 36 kVA, par sécurité. Un électricien peut vérifier si un délesteur suffit pour faire descendre la puissance sous les 18 kVA ou au moins optimiser la répartition des charges. Chaque cran de puissance en moins réduit la part fixe de la facture, ce qui compte sur une année entière.
Cette phase de préparation rappelle, par sa logique, certains contenus déjà traités par les guides techniques. Le guide pratique transformer watts en ampères aide à comprendre les puissances réellement tirées par les appareils, ce qui parle très concrètement quand il faut dimensionner un abonnement à 18, 24 ou 36 kVA. Le guide pratique utiliser efficacement un voltmètre pour mesurer des tensions électrique reste aussi utile pour vérifier la qualité d’une installation, des chutes de tension ou des déséquilibres de phase sur des réseaux triphasés domestiques, fréquents sur ces puissances élevées.
Changer de fournisseur, d’offre ou de logique tarifaire : les leviers concrets côté contrat
La fin de l’option Base pour les 18-36 kVA n’oblige personne à rester chez son fournisseur actuel. Depuis l’ouverture du marché à la concurrence, en 2007, un particulier peut changer d’offre d’électricité gratuitement, autant de fois qu’il le souhaite, sans coupure ni changement de compteur. Le médiateur national de l’énergie et des acteurs comme Gaz de Bordeaux rappellent que la résiliation se fait automatiquement par le nouveau fournisseur, et qu’aucun frais d’ouverture de dossier ou de clôture ne peut être facturé au client.
Le premier réflexe consiste à comparer les offres HP/HC, Tempo ou autres grilles dynamiques. Les écarts de prix du kWh et du terme d’abonnement, la structure des heures creuses, la présence ou non de jours très chers changent d’un fournisseur à l’autre. L’offre Tempo d’EDF par exemple, avec ses jours bleus, blancs et rouges, peut coller à une maison bien isolée qui accepte de réduire le chauffage lors d’une trentaine de jours rouges par an. Un foyer plus rigide, avec des enfants en bas âge et peu de marge de manœuvre sur le chauffage, aura plus de mal à encaisser ces pointes tarifaires.
Les ménages déjà en difficulté de paiement doivent avancer avec encore plus de précision. Plenitude (Eni) rappelle qu’un particulier peut changer de fournisseur même avec une dette, à condition d’avoir négocié un accord de paiement avec son fournisseur actuel. Sans ce cadre, un nouveau contrat peut être refusé, surtout en cas d’impayés lourds ou de suspension de contrat. Ceux qui cumulent les retards peuvent s’appuyer sur le chèque énergie, le Fonds de solidarité pour le logement (FSL) ou les services sociaux locaux pour éviter les coupures et étaler les remboursements.
Cette réflexion sur le contrat rejoint une autre mutation assez silencieuse de la vie quotidienne : la disparition annoncée des petites pièces de monnaie. L’article « préparez vous changement stratégies pour faire face à l’élimination des pièces de 1 et 2 centimes » rappelle que même les plus petits montants se réorganisent. L’énergie suit la même logique : la granularité change, on ne raisonne plus en prix unique mais en heures, en jours, en signaux. Ceux qui s’y préparent tôt gardent la main sur leur budget.
Vers une facture d’électricité plus lisible, ou plus opaque ?
La fin de l’électricité « à volonté » pour les puissances de 18 à 36 kVA pose une question de fond : la facture va-t-elle devenir plus lisible ou plus opaque pour le grand public ? Techniquement, le signal prix par heure colle mieux à la réalité du système électrique. La production nucléaire, l’éolien, le solaire et les interconnexions créent des heures excédentaires et des heures sous tension. La CRE pousse les gros consommateurs à suivre ce rythme, sous peine de payer plus cher.
Pour un propriétaire de grande maison, la réalité sera plus brute : il faudra accepter de passer du temps sur les courbes de consommation, de lire les conditions de l’offre, de connaître l’heure de début des heures creuses. Ce n’est plus la facture unique annuelle qu’on subit en fin d’hiver. Elle se rapproche d’un budget que l’on pilote comme on surveille son crédit immobilier ou ses abonnements numériques.
Cette mutation s’inscrit dans un mouvement plus large de responsabilisation sur l’énergie. Les offres Tempo, les tarifs HP/HC, la fin de l’option Base, la refonte des taxes, le chèque énergie, les aides à la rénovation, tout converge vers une idée simple : le prix du kWh ne sera plus uniforme. Ce sera une donnée variable, liée à l’heure, à la saison et au profil de consommation. Pour s’y retrouver, le consommateur doit monter d’un cran en culture énergétique, comme il le fait déjà pour ses finances personnelles.
Les foyers qui anticipent, qui investissent un minimum dans la compréhension de leurs usages et qui ajustent leur installation tireront parti de ce virage. Ceux qui restent sur l’ancien modèle de l’électricité « à volonté » verront leur facture déraper sans toujours comprendre pourquoi. Le choix se fait maintenant, bien avant février 2026. Les outils existent, de l’offre Tempo EDF aux compteurs communicants, en passant par les guides techniques comme le guide pratique transformer watts ou le guide pratique utiliser efficacement un voltmètre pour mesurer des tensions électrique. Reste à les utiliser, avant que la facture ne se charge de rappeler que l’électricité, même chez les particuliers, n’est plus infinie ni uniforme.




