Février 2026 : une baisse du prix du gaz… rabotée à la dernière minute
Le 1er février 2026 devait marquer un bol d’air pour les foyers chauffés au gaz. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié un prix repère en recul, après un hiver 2025-2026 déjà tendu sur les factures. Selon Selectra, le prix moyen du kWh pour le chauffage est passé à environ 0,09867 €/kWh TTC, soit une baisse de 3,24 % par rapport à janvier pour le profil chauffage, et à 0,12926 €/kWh TTC pour la cuisson-eau chaude, en retrait de 2,47 %.

La CRE indique elle-même une baisse de l’ordre de 1,5 à 2 % selon les usages, avec un prix repère moyen autour de 0,092 €/kWh HT, soit environ 0,135 €/kWh TTC tous consommateurs confondus. L’abonnement annuel reste élevé : 343,90 € TTC pour un foyer chauffé au gaz et 147,24 € TTC pour un usage cuisson/eau chaude, selon la grille officielle reprise par plusieurs comparateurs.
Sur le papier, un ménage type consommant environ 11 200 kWh par an pour le chauffage gagne autour de 30 à 40 € par an, toujours d’après les simulations de Selectra. La baisse porte uniquement sur l’énergie, pas sur les postes fixes. Le signal est positif, surtout après le choc tarifaire lié à la fin des tarifs réglementés et aux hausses d’abonnement de début 2026. Mais ce répit reste fragile, car il dépend des marchés de gros et des décisions fiscales du gouvernement.
Des acteurs comme Effy ont d’ailleurs pointé le caractère limité de ce “cadeau” de février : la baisse du kWh existe, mais les charges fixes savent très bien absorber le gain, et la moindre modification de taxe efface l’avantage en quelques semaines.
Le rôle du Prix Repère Gaz dans ce jeu de yo-yo
Depuis la disparition des tarifs réglementés de vente de gaz au 30 juin 2023, la CRE publie chaque mois un prix repère de vente de gaz naturel. Ce prix repère sert de boussole : il agrège les coûts d’approvisionnement, d’acheminement, les marges moyennes et les taxes, et il sert surtout de référence aux offres indexées. La grille publiée en février 2026 pour la zone GRDF fixe ainsi l’abonnement et le prix du kWh pour deux profils standard : cuisson/eau chaude et chauffage.

Les fournisseurs ne sont pas obligés de coller exactement à ce prix repère. Mais sur le terrain, la plupart des offres indexées suivent ces variations mensuelles avec un léger décalage. Quand la CRE annonce une baisse de quelques pourcents en février, une bonne partie du marché suit. Quand la CRE annonce une hausse forte, les factures bondissent. Les ménages jouent donc avec un thermomètre qui change tous les mois, sans toujours comprendre l’origine de la fièvre.
La “mauvaise nouvelle” : la hausse cachée de l’accise gaz en février
La baisse de février n’a pas tenu toutes ses promesses. Une décision fiscale est venue rogner une partie du gain. L’accise sur le gaz naturel, l’ancienne TICGN rebaptisée, a augmenté au 1er février, passant d’environ 15,43 €/MWh à 16,40 €/MWh, soit une hausse d’environ 6,3 %. Des sites comme Hello Watt et Effy ont détaillé ce changement, qui agit directement sur la part taxes de chaque kWh consommé.

Cette hausse de l’accise a agi comme une contre-mesure. Sans elle, la baisse du kWh gaz aurait été plus nette pour les consommateurs. Effy explique que la baisse du prix repère de février a été “rabotée” par cette hausse fiscale de dernière minute. Les estimations montrent que les économies potentielles passent ainsi de quelques dizaines d’euros par an à un niveau bien plus modeste pour de nombreux foyers.
Sur un profil de 11 000 à 12 000 kWh par an, une hausse d’environ 1 €/MWh de taxe représente déjà une dizaine d’euros additionnels. Rapportée à plusieurs postes de hausse successifs, l’impact s’additionne. Les ménages ne voient pas seulement le prix de la molécule. Ils encaissent un empilement : énergie, abonnement, acheminement, TVA et accise. La moindre avancée sur un volet peut être annulée dès le mois suivant par une décision budgétaire.
Pourquoi cette hausse fiscale tombe en plein hiver
Le gouvernement justifie l’évolution de l’accise par la trajectoire budgétaire et par l’alignement progressif des fiscalités énergétiques vers une logique de transition, avec une taxation plus forte des énergies fossiles. La loi de finances a fixé cet ajustement à l’hiver 2025-2026. L’augmentation tombe donc en plein milieu de la saison de chauffe, au moment où la facture est la plus lourde pour les ménages.
Pour les consommateurs, le timing est brutal. Les aides type chèque énergie ne compensent pas intégralement ce genre de hausse, surtout pour les classes moyennes trop “riches” pour y avoir droit. La promesse d’une baisse du gaz en février se transforme alors en déception : la ligne “taxes” de la facture vient grignoter le gain affiché en une phrase dans les communiqués.
1er mars 2026 : +5,3 % sur le prix du gaz, la vraie claque arrive
La mauvaise surprise ne s’arrête pas à l’accise. Selon une analyse publiée par Selectra, la CRE a validé une nouvelle hausse du prix repère de vente de gaz à compter du 1er mars 2026. Le prix du kWh pour le profil chauffage passe ainsi d’environ 0,09983 €/kWh TTC en février à 0,10514 €/kWh TTC en mars. La hausse atteint +5,32 % en un mois. La grille officielle fournie par la CRE confirme ce niveau, avec un abonnement annuel maintenu à 343,90 € TTC pour le chauffage et 147,24 € TTC pour la cuisson/eau chaude.
Pour un foyer moyen consommant autour de 11 000 kWh par an, Selectra estime un surcoût d’environ 60 € par an. La hausse intervient juste après le repli de février, ce qui annule le “ballon d’oxygène” en quelques semaines. Les ménages qui espéraient une tendance durable à la baisse se retrouvent avec un yo-yo tarifaire qui complique tout budget prévisionnel.
Cette remontée s’explique par plusieurs facteurs pointés par les analystes : stocks européens plus bas que prévu après un hiver froid, tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, qui ravivent la pression sur le GNL, et volatilité des marchés de gros. Des observateurs comme Optima Énergie ont relevé une remontée du prix du gaz sur le PEG pour 2026, avec un niveau autour de 26 €/MWh pour les livraisons 2026 à la fin de l’année 2025. Le prix repère gaz suit ces signaux.
Un yo-yo qui fatigue les ménages à budget serré
Ce profil de marché entraîne une situation absurde pour beaucoup de foyers : la facture descend de quelques euros en février, remonte de 5 % en mars, puis peut encore changer en juin ou en juillet, comme l’a montré la hausse de 7,4 % annoncée pour le 1er juillet 2026. Le prix repère passe alors de 152,86 €/MWh TTC en juin à 164,21 €/MWh TTC en juillet, selon la CRE et JeChange. Un ménage qui ne suit pas l’actualité énergétique découvre ces variations uniquement au moment du prélèvement bancaire.

Les consommateurs qui ont choisi une offre indexée se retrouvent exposés à chaque virage du prix repère. Ceux qui ont souscrit des offres à prix fixe échappent à ces mouvements à court terme sur la molécule, mais ils subissent tout de même la hausse de l’acheminement et des taxes. JeChange le rappelle clairement dans son analyse de juillet 2026 : même les contrats à prix fixe ne protègent pas des hausses de GRDF ou de l’État.
Pourquoi la facture grimpe alors que “le gaz baisse” sur les graphiques
La situation crée un paradoxe assez clair. Sur les graphiques, le prix de gros du gaz a nettement reculé depuis le pic de 2022. Les données du ministère de la Transition écologique indiquent un prix moyen hors taxes pour les ménages autour de 0,092 €/kWh en 2024, loin des sommets de la crise. Pourtant, beaucoup de foyers constatent une facture stable ou en hausse. Plusieurs raisons à cela.
La première tient aux abonnements. L’abonnement annuel chauffage a monté à 343,90 € TTC, celui pour la cuisson/eau chaude à 147,24 € TTC. Cette hausse des coûts fixes grève les budgets, surtout pour les consommateurs modestes qui utilisent peu le gaz mais paient la même base. Quand le kWh baisse de 2 %, mais que l’abonnement a pris 13 € en un an, le gain réel se dilue.
La deuxième raison tient aux taxes. La TVA s’applique sur la quasi-totalité de la facture, y compris sur l’accise. La hausse de cette accise au 1er février 2026 vient gonfler la facture TTC, même si la CRE annonce une baisse de la part énergie. Le consommateur regarde le montant à payer, pas la courbe du prix hors taxe sur les marchés de gros.
Enfin, l’acheminement et les tarifs de réseau progressent. Les transporteurs et GRDF répercutent leurs coûts d’entretien et d’investissement dans les tuyaux. JeChange rappelle que ces hausses d’acheminement touchent également les clients à prix fixe en 2026. Un contrat bloqué sur la molécule ne stoppe pas les ajustements de GRDF sur les tarifs réseaux.
Conséquences concrètes sur un foyer type
Pour rendre le sujet moins abstrait, prenons le cas d’un foyer chauffé au gaz avec une consommation annuelle autour de 11 000 kWh, proche de la moyenne retenue par la CRE. En février, la baisse du kWh à environ 0,0987 €/kWh TTC réduit sa facture annuelle théorique d’une trentaine d’euros par rapport à janvier. Mais l’augmentation de l’accise vient rogner une partie de ce gain, tout comme l’abonnement plus cher qu’en 2025.
En mars, avec le passage à environ 0,1051 €/kWh TTC, la facture remonte d’environ 60 € par an. En net, par rapport au début de l’hiver, le ménage se retrouve avec une facture légèrement supérieure, alors que les gros titres parlent de “baisse du gaz en février”. La réalité est celle d’un flux tendu, où chaque gain est réversible en quelques semaines sous la triple pression du marché, des taxes et des réseaux.
| Période | Prix moyen kWh chauffage TTC | Impact annuel estimé pour 11 000 kWh |
|---|---|---|
| Janvier 2026 | ≈ 0,102 €/kWh | Référence |
| Février 2026 | ≈ 0,0987 €/kWh | Gain d’environ 30 à 40 € |
| Mars 2026 | ≈ 0,1051 €/kWh | Surcoût d’environ 60 € |
Ce tableau illustre ce que vivent des millions de foyers : une facture qui réagit au marché avec un mois de retard, sans lisibilité à moyen terme. Les plus organisés jouent les comparateurs, les autres subissent.
Comment un ménage peut réagir face à la hausse de mars 2026
Face à une hausse officialisée de 5,3 % au 1er mars 2026, la marge de manœuvre n’est pas énorme, mais elle existe. La première action reste la comparaison des offres. JeChange, Selectra, Hello Watt ou encore les outils publics orientent vers des contrats moins chers que le prix repère. En juin 2026, JeChange indique par exemple qu’OHM Énergie et son offre Extra Eco Gaz figure parmi les moins chères, avec un gain théorique d’environ 200 à 250 € par an pour une consommation autour de 10 800 kWh.
Ce type d’offre joue sur une marge réduite et une indexation agressive sur le prix repère. Le consommateur accepte une certaine volatilité en échange d’un prix moyen plus bas. Il faut lire de près les conditions : indexation, durée de blocage, révision possible de la remise. Un contrat avec un pourcentage de réduction sur le prix repère garde sa compétitivité tant que la remise ne bouge pas.
Deuxième levier, l’efficacité du logement. Ce point revient souvent, mais les chiffres parlent. Un logement mal isolé consomme facilement 15 000 kWh de gaz par an, contre 8 000 à 9 000 kWh pour un logement correctement rénové. À prix du kWh égal, un ménage en passoire thermique paie donc quasiment le double. Les programmes MaPrimeRénov’ et les aides des fournisseurs couvrent une partie des coûts de travaux, mais l’avance de trésorerie reste un frein pour beaucoup.
Enfin, un ménage peut arbitrer ses usages. Température intérieure, durée de chauffe, production d’eau chaude, entretien de la chaudière : tout cela se traduit en kWh. Une baisse de 1 °C de la température de consigne réduit la consommation de chauffage d’environ 7 %, selon l’Ademe. Sur un hiver complet, la baisse compense très vite une hausse de 5 % du prix du kWh.
Prix fixe ou indexé : un choix moins théorique qu’il n’y paraît
La hausse de mars relance la question : faut-il rester sur une offre indexée au prix repère ou chercher un prix fixe sur deux ou trois ans ? En 2026, beaucoup d’analystes considèrent que le gros de la crise gazière est passé, mais que la volatilité persiste. Les offres fixes protègent contre les à-coups mensuels du prix repère, mais elles intègrent une prime de risque : le fournisseur verrouille un prix supérieur au niveau de marché du jour pour couvrir les fluctuations futures.
Les données de la CRE et des comparateurs montrent qu’en 2026, les offres fixes sont souvent au-dessus du prix repère mois par mois. Elles séduisent les ménages qui privilégient la visibilité budgétaire à l’euro près. Les offres indexées restent plus agressives sur le prix, au prix d’une facture qui varie d’un mois à l’autre. Le bon choix dépend du profil de risque du ménage. Un foyer très serré financièrement, qui ne supporte pas une surprise de 100 € en hiver, peut préférer un fixe légèrement plus cher mais prévisible.
Une conclusion sans jargon : le gaz reste un risque budgétaire en 2026
La “mauvaise nouvelle de dernière minute” autour du gaz en février et mars 2026 résume la nouvelle ère ouverte depuis la fin des tarifs réglementés. Le consommateur français vit désormais au rythme d’un prix repère mensuel, des marchés de gros, des choix fiscaux et des tarifs de réseau. La baisse annoncée en février a existé, chiffres à l’appui. La hausse surprise de l’accise l’a affaiblie. La remontée de +5,3 % au 1er mars l’a balayée.
Les ménages n’ont pas de prise sur la guerre en Iran, les stocks européens ou les décisions de Bercy. Ils en ont une, en revanche, sur leur contrat, leur isolation, leurs usages. La seule attitude réaliste consiste à traiter le gaz comme un poste de dépense à piloter, pas comme une fatalité. Suivre les annonces de la CRE, comparer chaque année, négocier ou changer d’offre, investir dès que possible dans un logement moins énergivore. La volatilité du marché ne disparaîtra pas. La différence se fera entre ceux qui subissent les hausses au fil des prélèvements, et ceux qui ajustent leurs choix avant la prochaine “mauvaise nouvelle de dernière minute”.




