Ce que les sénateurs ont voté : une hausse technique, un choc très concret
Le signal est venu du Sénat, dans le cadre de l’examen du budget : les sénateurs ont validé une hausse de l’accise sur le gaz naturel à +4,40 € par MWh, l’ancienne TICGN. Cette hausse s’ajoute au niveau déjà relevé après la sortie du bouclier tarifaire gaz.

L’accise est une taxe assise sur les volumes consommés, exprimée en mégawattheures. Elle s’applique à tout le monde, particuliers comme entreprises, dès lors qu’il y a consommation de gaz naturel livré par un fournisseur. Le vote des sénateurs ne touche pas le prix de marché du gaz, il modifie la partie fiscale de la facture.
Cette accise entre dans l’assiette de la TVA. L’État ne se contente donc pas de 4,40 € HT par MWh de gaz consommé, il ajoute 20 % de TVA dessus. Le surcoût réel pour un particulier est donc de 5,28 € TTC par 1000 kWh consommés, ce que détaillent très clairement JeChange et Selectra dans leurs simulateurs de facture de gaz 2026.
Depuis le 1er août 2025, la TVA à 20 % s’applique déjà sur l’intégralité de la facture de gaz, abonnement compris, alors qu’avant l’abonnement bénéficiait d’un taux réduit de 5,5 %. Le ministère de l’Économie a compensé en partie cette hausse en baissant l’accise en 2025, mais la marche de 2026 vient renchérir à nouveau la partie fiscale.
5,28 € par 1000 kWh : combien ça fait sur une vraie facture de gaz ?
Le chiffre de 5,28 € TTC par tranche de 1000 kWh reste abstrait tant qu’on ne le traduit pas en facture annuelle. Les simulateurs publiés par JeChange et Selectra donnent quelques ordres de grandeur parlants.
Pour un foyer chauffé au gaz avec une consommation d’environ 13 500 kWh par an (profil classique maison individuelle, chauffage + eau chaude + cuisson) :

- Surcoût annuel lié à la hausse d’accise : environ 71,28 € TTC.
- Cela correspond à une hausse d’environ 4 % de la facture totale, à niveau de prix du gaz inchangé.
On peut décliner la hausse par niveau de consommation, en appliquant le même ratio de +5,28 € TTC / 1000 kWh :
| Profil de consommation | Consommation annuelle (kWh) | Surcoût d’accise 2026 | Ordre de grandeur de la hausse |
|---|---|---|---|
| Petite cuisson + eau chaude (B0) | 3 000 kWh | ≈ 15,84 € TTC/an | Hausse faible, mais incompressible |
| Appartement chauffé au gaz | 8 000 kWh | ≈ 42,24 € TTC/an | Plusieurs dizaines d’euros |
| Maison chauffée au gaz | 13 500 kWh | 71,28 € TTC/an | Environ +4 % sur la facture |
| Grande maison peu isolée | 20 000 kWh | ≈ 105,60 € TTC/an | Plus de 100 € de taxe en plus |
Autrement dit, chaque tranche de 1000 kWh consommés vous expose à une ligne d’impôt supplémentaire de 5,28 €. Tant que votre logement reste au gaz, vous ne pouvez pas y échapper, quel que soit votre fournisseur.
Pourquoi aucune offre gaz ne vous protège de cette hausse fiscale
Les comparateurs le disent très clairement : aucune offre gaz ne permet d’échapper à la hausse d’accise. Selectra le rappelle noir sur blanc, les taxes s’appliquent à tous les contrats, y compris les offres à prix fixe. Seule la part hors taxes du kWh est contractualisée, la fiscalité reste entre les mains de l’État.

La structure d’une facture de gaz en 2026 repose sur trois briques de taxation, détaillées par Fournisseurs-electricite.com et par le ministère en charge de la transition énergétique :
- L’accise sur le gaz naturel (ex-TICGN), calculée en €/MWh sur les volumes consommés.
- La CTA, Contribution tarifaire d’acheminement, liée au financement des retraites des salariés des réseaux (Enedis côté électricité, GRDF côté gaz).
- La TVA à 20 %, appliquée sur la totalité de la facture depuis août 2025 : abonnement, consommations, CTA, accise.
Un fournisseur peut agir sur le prix hors taxes du kWh et de l’abonnement. Il peut aussi proposer des remises par rapport au prix repère de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Il ne peut pas couper les taxes, qui sont collectées pour le compte de l’État. Une offre à prix fixe vous protège donc contre les hausses de marché, pas contre les hausses de fiscalité.
Cette réalité pèse lourd. En électricité, les taxes représentent déjà 30 à 35 % de la facture selon les calculs de Fournisseurs-electricite.com pour un foyer à 5 700 kWh par an. Pour le gaz, la part fiscale est du même ordre de grandeur dès que les hausses successives d’accise et la TVA à 20 % sur l’abonnement s’accumulent.
Prix du gaz 2026 : quand la hausse des taxes s’ajoute à la volatilité du marché
La hausse de l’accise arrive dans un environnement tarifaire chahuté. La CRE a publié un prix repère du gaz en forte hausse au 1er mai 2026, relayé par plusieurs comparateurs et par les fournisseurs eux-mêmes. Selon une vidéo explicative basée sur la publication d’avril de la CRE, le prix repère moyen est passé de 139,12 €/MWh TTC au 1er avril à 160,54 €/MWh TTC au 1er mai, soit une hausse de +15,4 %.
La CRE a chiffré cette marche tarifaire de mai :
- Impact moyen sur la facture du mois de mai : +6,19 € TTC pour un client type.
- Profil chauffage : hausse d’environ +20,6 % sur le mois.
- Profil cuisson/eau chaude : autour de +15,7 %.
- 73 % des abonnés résidentiels sont concernés, car indexés sur ce prix repère.
La séquence reste nerveuse. Après cette hausse de mai, la CRE a annoncé le 11 mai 2026 une baisse du prix repère de 4,8 % TTC au 1er juin, portée à 152,86 €/MWh TTC. Service-public.fr chiffre la baisse à 1,26 € TTC en moyenne sur la facture de juin pour les offres indexées. ENGIE parle d’une baisse de 4,79 % par rapport à mai dans sa page dédiée au prix repère de juin.
Autrement dit, les ménages encaissent à la fois des variations mensuelles de deux chiffres sur le prix du kWh, liés à la situation géopolitique et aux marchés de gros, et une trajectoire de taxes qui repart à la hausse avec l’accise à 4,40 €/MWh. Sur une année, l’effet cumulé prix + fiscalité peut largement dépasser les 4 % liés à la seule taxe.
Papernest estime par exemple que le prix repère du gaz atteint en moyenne 0,1485 €/kWh TTC en B0 et 0,1179 €/kWh TTC en B1 en juin 2026, ce qui confirme un niveau de prix encore élevé par rapport à la moyenne pré-crise. Le ministère de la Transition énergétique cite pour 2024 un prix moyen hors taxes de 0,092 €/kWh pour les ménages. Pour un client à 11 000 – 12 000 kWh par an, le budget annuel tourne entre 1 470 € et 1 600 € TTC, avant même la nouvelle marche d’accise de 2026.
Simulateurs 2026 : comment calculer précisément votre surcoût de taxes gaz
Deux outils se détachent pour quantifier l’impact de la hausse d’accise gaz 2026 : le simulateur JeChange et le simulateur Selectra focalisés sur cette hausse de 4,40 €/MWh. Les deux suivent la même logique, avec un pas de calcul simple.
Le principe est toujours le même :
- Vous saisissez votre consommation annuelle de gaz, en kWh. Elle figure sur votre facture, souvent à la ligne “Consommation annuelle de référence” ou “Consommation estimée”.
- L’outil applique la formule de la nouvelle taxe : +5,28 € TTC par 1000 kWh.
- Il affiche le surcoût annuel total lié à la seule hausse d’accise, ainsi qu’un ratio en pourcentage par rapport à votre facture approximative.
JeChange met en avant l’exemple d’un foyer chauffé au gaz avec 13 500 kWh/an : surcoût de 71,28 € TTC, soit une hausse d’environ 4 %. Selectra aboutit au même ordre de grandeur, avec une estimation de +4,1 %. Les outils sont surtout utiles pour les consommations atypiques, très faibles ou très élevées, qui s’écartent des profils standard B0/B1/B2i.
Le réflexe à avoir, si vous ne voulez pas multiplier les simulateurs, consiste à appliquer la règle de trois sur votre propre consommation :
- Consommation annuelle en kWh ÷ 1000.
- Résultat × 5,28 € TTC.
Un foyer à 9 200 kWh/an sait ainsi qu’il paiera environ 9,2 × 5,28, soit autour de 48,58 € TTC de taxe supplémentaire en 2026. Cette méthode donne un ordre de grandeur fiable, même sans passer par un site spécialisé.
Comment limiter la casse : ce que vous pouvez vraiment faire, et ce qui relève du mirage
L’illusion la plus courante consiste à croire qu’un changement d’offre suffira à “effacer” la hausse des taxes. Selectra comme JeChange rappellent que c’est faux. La fiscalité s’applique sur toutes les offres, de tous les fournisseurs. La seule marge de manœuvre porte sur le niveau hors taxes du kWh, sur l’abonnement et sur la quantité de kWh consommés.
Dans ce cadre, il reste trois leviers sérieux pour un ménage :
1. Agir sur la consommation, kWh par kWh
La hausse d’accise est strictement proportionnelle aux volumes consommés. Un logement qui réussit à réduire sa consommation de 15 %, par isolation ou réglage de chauffage, réduit en même temps de 15 % sa facture globale et sa charge fiscale. Pour un foyer à 13 500 kWh/an, une baisse à 11 500 kWh ramène le surcoût d’accise de 71 € à environ 60 €. Cela reste une hausse, mais plus contenue.
Les gisements d’économie les plus rentables sont bien connus des énergéticiens : baisse du thermostat d’un degré, régulation correcte des plages horaires de chauffage, purge des radiateurs, réglage de la température d’eau chaude, amélioration progressive de l’isolation. Ces gestes agissent directement sur le volume de gaz mesuré par le compteur, donc sur les taxes calculées en €/MWh.
2. Travailler sur le prix hors taxes via la concurrence
Sur un budget annuel de 1 500 € TTC pour 12 000 kWh, une remise de quelques pourcents sur le prix du kWh HT peut compenser, au moins en partie, la hausse de l’accise. Une offre avec 5 % de remise sur le kWh HT par rapport au prix repère de la CRE peut effacer la vingtaine d’euros de taxes supplémentaires d’un petit consommateur, ou les atténuer pour un gros foyer.
Les comparateurs mettent en avant des offres indexées sur le prix repère, avec remises, et des offres à prix fixe. Une offre fixe protège contre les variations de marché sur la durée du contrat. Elle ne protège pas contre une nouvelle hausse d’accise ou une modification de TVA. La décision de basculer vers du fixe tient donc au niveau de risque accepté sur le prix de marché, pas à l’évolution des taxes.
3. Réfléchir à la sortie progressive du gaz pour le chauffage
Sur le terrain, la seule façon d’échapper à la fiscalité spécifique du gaz consiste à sortir du gaz pour les usages les plus gourmands, surtout le chauffage. C’est un mouvement lent, mais déjà engagé avec les pompes à chaleur et les rénovations performantes.

Les données du ministère de la Transition énergétique montrent que le chauffage concentre la majeure partie des kWh de gaz d’un foyer. Un ménage qui bascule son chauffage sur une pompe à chaleur conserve parfois le gaz pour la cuisson ou l’eau chaude, mais sur des volumes très faibles, où la hausse de 5,28 €/1000 kWh joue moins. La bascule a un coût d’investissement, elle se calcule sur plusieurs années, avec des aides type MaPrimeRénov’ qui évoluent régulièrement.
Rien n’indique à ce stade que la trajectoire de fiscalité sur le gaz va se détendre dans les prochaines années. La logique de transition énergétique pousse plutôt à renchérir progressivement les énergies fossiles. Miser sur une baisse durable des taxes gaz serait donc un pari fragile.
Une hausse de taxe modeste sur le papier, mais bien réelle sur le compte en banque
Pris isolément, un surcoût de 5,28 € par 1000 kWh peut paraître faible. Sur le terrain, il ajoute 40 à 100 € par an pour la plupart des foyers chauffés au gaz, dans un contexte où les factures 2026 restent déjà élevées du fait des prix de marché et de la TVA généralisée à 20 %. L’accise à 4,40 €/MWh ne ruine personne seule, mais elle s’ajoute à un empilement de hausses successives depuis la fin du bouclier tarifaire.
Les simulateurs mis en ligne par JeChange et Selectra ont au moins un mérite : ils donnent un chiffre, en euros, à cette hausse fiscale. Chacun peut alors arbitrer en connaissance de cause, entre travaux, changement d’offre et acceptation pure et simple de la hausse.
La seule certitude, à ce stade, tient en une phrase : tant que votre logement consomme du gaz livré par un fournisseur, vous paierez la hausse de l’accise 2026, quelle que soit votre offre. La négociation se joue sur deux terrains seulement, le prix hors taxes négocié avec le fournisseur et le nombre de kWh gravés sur votre compteur à la fin de l’année.




