Un kWh de gaz presque doublé depuis 2021, et ce n’est pas un accident
En février 2026, le prix de référence du gaz pour un foyer chauffé au gaz en France tourne autour de 0,09982 €/kWh, contre environ 0,0513 €/kWh au début de l’année 2021, selon JeChange. La hausse approche donc les 95 % en quatre ans, malgré la fin des pics extrêmes de 2022.
Entre janvier 2016 et septembre 2025, Selectra calcule que la facture de gaz des ménages français a tout simplement doublé. Sur neuf ans, un foyer qui payait 800 euros par an s’est rapproché des 1 600 euros, à consommation constante. Le bouclier tarifaire et les gels successifs entre 2021 et 2023 ont amorti le choc sur la facture, mais ils n’ont pas effacé la hausse réelle du coût de la molécule.
Le constat avancé par JeChange dans son article “Prix du gaz : le retour aux tarifs d’avant-guerre n’aura jamais lieu” est brutal mais cohérent avec les chiffres de marché. Sur le marché de gros européen, le prix du gaz (PEG en France ou TTF aux Pays-Bas) est redescendu loin de ses records de 2022, mais il se stabilise sur un plateau nettement supérieur à la période 2015-2020.

Optima Énergie relève par exemple qu’au 19 décembre 2025, le prix du gaz pour une livraison en 2026 se situe autour de 26-30 €/MWh, avec un CAL26 à 29,92 €/MWh et un CAL27 à 24,49 €/MWh. Avant la crise ukrainienne, les prix à terme tournaient souvent autour de 15-20 €/MWh sur longue période, en dehors des pics saisonniers. La marche franchie depuis 2022 ne se réduit que partiellement et les analystes ne voient pas de retour durable aux niveaux pré-guerre.
Le choc ukrainien a cassé un modèle : la fin du gaz russe bon marché
Le point de rupture se situe en février 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Avant cette date, l’Union européenne importait environ 40 % de son gaz de Russie, via des gazoducs comme Nord Stream. L’Allemagne, l’Italie, mais aussi la France, profitaient d’un flux bon marché et relativement stable. Ce socle a volé en éclats avec la réduction progressive des livraisons russes, puis les sabotages sur Nord Stream à l’automne 2022.
Pour sécuriser son approvisionnement, l’Europe a basculé vers le GNL, le gaz naturel liquéfié, livré par méthaniers, surtout en provenance des États-Unis et du Qatar. Le Monde rappelle que les Vingt-Sept ont ouvert ou décidé 11 nouveaux terminaux GNL en quelques années, dont des unités flottantes en Allemagne et aux Pays-Bas. Ce virage a évité des coupures, mais il a un coût financier et logistique.

Le GNL est plus cher que le gaz acheminé par gazoduc, car il faut liquéfier le gaz à -162 °C, le transporter par bateau, le regazéifier à l’arrivée et rémunérer toute cette chaîne industrielle. Les contrats sont souvent indexés sur les marchés spot asiatiques ou américains, ce qui expose davantage l’Europe à la concurrence mondiale pour les cargaisons disponibles. Quand l’Asie connaît un hiver froid ou un rebond industriel, les prix montent et l’Europe doit suivre.
La guerre en Ukraine ne se limite pas à un épisode ponctuel sur les prix. Elle a fracturé une relation énergétique construite sur des décennies entre l’UE et la Russie. Même en cas d’apaisement diplomatique, l’idée d’un retour massif au gaz russe à bas prix reste hautement improbable politiquement. Les infrastructures russes vers l’Europe tournent au ralenti et Moscou se tourne vers l’Asie. Le “monde d’avant” ne revient pas.
Pourquoi les prix restent hauts malgré la détente sur le marché de gros
Sur les graphiques, la flambée de 2022 avec des prix du gaz dépassant 200 €/MWh sur le TTF appartient au passé. Papernest rappelle que 2022 a vu une “explosion” des prix, puis une accalmie en 2023 et une baisse relative en 2024. Optima Énergie évoque un marché “en apaisement” mais toujours volatil, avec un gaz pour 2026 autour de 29,87 €/MWh en moyenne. Le prix a baissé par rapport au pire de la crise, pas par rapport à 2019.
Trois blocs expliquent ce plateau élevé.
- Un mix d’approvisionnement plus cher
L’Europe achète davantage de GNL, source structurellement plus coûteuse que les gazoducs russes. Les terminaux GNL, les contrats long terme avec les producteurs américains ou qatariens, les infrastructures de stockage renforcées, tout cela se traduit par des coûts fixes que les fournisseurs répercutent. - Une fiscalité et des charges qui montent
La fiscalité carbone se durcit. Le prix de la tonne de CO₂ sur le marché européen des quotas (EU ETS) a atteint autour de 85 €/t fin 2025 selon Optima Énergie. Le gaz fossile supporte progressivement une pénalité écologique. La France a également ajusté ses contributions pour financer les boucliers tarifaires passés et les investissements dans les réseaux. TF1 Info rappelle que le gouvernement refuse aujourd’hui une baisse des taxes sur les carburants, et la même logique vaut pour le gaz : l’État a besoin de recettes pour boucler les comptes. - Une volatilité géopolitique et climatique durable
La guerre au Moyen-Orient, les tensions sur la mer Rouge, les hivers doux ou rigoureux, la sécheresse qui affecte la production hydroélectrique, tout cela se répercute sur le gaz. Optima Énergie insiste sur cette volatilité prolongée, avec des prix qui réagissent en quelques jours à un incident sur un terminal GNL ou à une vague de froid. Les fournisseurs intègrent ce risque dans leurs tarifs, ce qui tire le prix moyen vers le haut.
Dans les faits, le marché est sorti de la phase d’urgence de 2022, mais il a changé d’échelle. Les ménages en ressentent les effets avec des tarifs de référence proches de 0,10 €/kWh, et les entreprises industrielles doivent renégocier leurs contrats sur des points de départ beaucoup plus élevés qu’avant-guerre.

Conséquences pour les ménages : facture durablement alourdie et arbitrages forcés
Pour un foyer chauffé au gaz qui consomme 15 000 kWh par an, passer de 0,0513 €/kWh en 2021 à 0,09982 €/kWh en 2026 signifie une hausse de la facture annuelle d’environ 770 euros. Sur un budget déjà serré par la hausse des loyers et de l’alimentation, cette charge ne disparaît pas.

L’Europe et la France ont choisi de protéger les consommateurs au plus fort de la crise. Le bouclier tarifaire a gelé ou plafonné les hausses, avec un coût estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros pour les finances publiques. Sirenergies rappelle qu’entre 2021 et 2022, les mesures sur l’électricité et le gaz ont déjà coûté 14 milliards d’euros à l’État français. Ces dispositifs se réduisent ou disparaissent, ce qui met mécaniquement à nu la réalité des prix.
Les ménages se retrouvent donc face à trois options concrètes, qui ne relèvent plus du discours mais des travaux et des choix de logement :
- Réduire la consommation par des gestes simples mais répétés : thermostat un degré plus bas, temps de douche raccourci, entretien des chaudières. Les économies restent limitées si le logement est mal isolé.
- Changer d’équipement avec des pompes à chaleur air-eau, des poêles à granulés ou des systèmes hybrides gaz-électricité. Le coût d’installation peut dépasser 10 000 euros pour une pompe à chaleur en maison individuelle, même avec des aides publiques. Le basculement prend du temps et suppose des artisans disponibles et qualifiés.
- Changer de logement à terme, en privilégiant des biens mieux isolés ou raccordés à des réseaux de chaleur urbains. Le marché immobilier intègre déjà ces critères, avec des décotes sur les passoires thermiques, ce qui crée de nouvelles inégalités entre propriétaires et locataires.
Cette réalité rejoint d’ailleurs d’autres articles liés à la consommation et aux arbitrages des ménages, comme ceux sur deux ans après fermeture, qui montrent comment une marque de mode adapte son repositionnement face au pouvoir d’achat en berne. Gaz, énergie, vêtements, tout converge vers un consommateur contraint de recalibrer ses dépenses.
Industrie, électricité, climat : un gaz plus cher change toute l’économie
Un gaz durablement plus cher ne pèse pas uniquement sur les radiateurs des particuliers. Il affecte aussi la compétitivité industrielle, le prix de l’électricité et la trajectoire climatique.
Une partie de l’industrie européenne, en particulier la chimie, la sidérurgie et la fabrication de matériaux (verre, céramique, engrais), repose sur une énergie abondante et bon marché. La flambée du gaz en 2022 a entraîné des fermetures temporaires de sites, des arrêts de production d’engrais, des délocalisations vers des régions où le gaz coûte moins cher, comme les États-Unis ou le Moyen-Orient. Même avec des prix redescendus, le différentiel par rapport à 2019 reste net, et certaines industries ne reviendront pas en Europe.
Autre effet direct : le gaz influence le prix de l’électricité. Le mécanisme de formation du prix sur le marché européen fait que la dernière centrale appelée pour répondre à la demande, souvent une centrale à gaz, fixe le prix pour tous les producteurs. Sirenergies rappelle que ce lien structurel entre prix du gaz et prix de l’électricité a coûté très cher en 2022, au point que l’UE a dû plafonner temporairement certains marchés et taxer les rentes inframarginales. Même si la réforme du marché électrique européen avance, le gaz restera un pivot des périodes de pointe pendant des années.
Sur le climat, un gaz plus cher a un effet ambigu. Il incite à réduire la consommation et à investir dans des alternatives renouvelables ou dans l’efficacité énergétique, ce qui va dans le sens des objectifs de neutralité carbone. Mais il peut aussi pousser certains pays à recourir davantage au charbon en période de tension, car certaines centrales déjà amorties restent compétitives à court terme. Le Monde souligne que les leçons de la crise énergétique restent incomplètes et que l’Europe jongle entre sécurité d’approvisionnement, prix acceptables et baisse des émissions.
Les ménages qui s’intéressent aux transitions de mode de vie, comme ceux qui lisent des dossiers sur le jeûne intermittent ou sur les bienfaits du sommeil profond, voient bien que la sobriété énergétique s’installe dans le même registre : moins de gaspillage, plus de régulation fine de ses habitudes, mais aussi des choix matériels lourds qui ne se résument pas à une simple résolution.
Pourquoi le “retour aux tarifs d’avant-guerre” n’aura pas lieu
Quand JeChange titre que “le retour aux tarifs d’avant-guerre n’aura jamais lieu”, la phrase choque. Elle se base pourtant sur des éléments solides qui vont bien au-delà du seul prix de marché à court terme.
- Le modèle gazier européen a changé de base
L’ère du gaz russe abondant et bon marché est terminée. L’Europe importe plus de GNL, signe des contrats sur 15 ou 20 ans avec les États-Unis et le Qatar, finance des terminaux et des stockages. Ces investissements s’amortissent sur la facture des consommateurs. - La transition climatique renchérit les fossiles
Quotas carbone plus chers, taxes spécifiques, normes de performance énergétique, interdiction progressive des chaudières gaz dans le neuf dans plusieurs pays : tout cela ajoute des coûts directs ou indirects au gaz fossile. - L’État ne peut pas subventionner éternellement
Les boucliers tarifaires et remises ont soulagé les ménages, mais ils pèsent sur la dette publique. Il serait difficile de figer les tarifs du gaz au niveau de 2021 sans créer un gouffre budgétaire permanent, surtout avec une facture d’importations gazières plus élevée. - La volatilité géopolitique s’installe
Ukraine, Moyen-Orient, tensions maritimes, rivalité avec la Chine pour les cargaisons de GNL, aléas climatiques qui modifient les besoins de chauffage et de climatisation : le gaz se finance désormais avec une prime de risque structurelle.
Les prix pourraient baisser par cycles, descendre en dessous de 0,09 €/kWh quelques mois, puis remonter. Ce qui disparaît, c’est la normalité d’un gaz stable à 0,05 €/kWh pour les particuliers et à 15-20 €/MWh pour l’industrie sur longue durée. Le plancher s’est relevé.
Pour le lecteur, la question n’est donc plus “quand reviendrons-nous aux prix d’avant-guerre ?”, mais “comment adapter logement, équipements et habitudes à un gaz durablement plus cher ?”. Les réponses se trouvent autant dans la rénovation thermique, les choix de chauffage et la sobriété que dans la surveillance des offres de fournisseurs.
Le gaz bon marché appartient au passé. La facture ne redescendra pas au niveau de 2019. La seule marge de manœuvre réelle se trouve côté consommation et côté investissements, individuels et collectifs.




